Betelgueuse

     Nous allions quitter le vieux Lycée allemand très bientôt pour prendre possession du Lycée Charles de Gaulle, à Baden-Oos. Les contrôles de présence en cours se relâchèrent…On pouvait facilement et sans grand risque sécher les cours.

     Je ne sais qui en eut l’idée, mais je pense que ce fut Jean Claude Delmas (dit : Coco) qui réalisait de magnifiques passepartout à partir de tiges de cuivre qu’il martelait à un bout, coudait à angle droit façonnant une poignée à l’autre extrémité. Ces outils fonctionnaient très bien et permettaient à nos mains agiles de crocheter des serrures simples.

     Or donc, nous décidâmes d’ouvrir une porte qui accédait, pensons-nous, aux combles du Lycée. Expédition réussie : du premier coup le passe fit à la perfection son devoir de passe.

     Nous voici dans la place! Nous sommes stupéfaits par la taille de ces combles; les charpentes sont magnifiques, certainement en chêne. Au milieu de l’espace, un escalier nous permet d’accéder au sommet de la tour vitrée qui surmonte les toits, tour de guet, utilisé durant la guerre comme nous l’indique, écrit à la peinture sur le mur, le nom que j’ai oublié, d’un grifton allemand, précédé de « hier wacht…« , und so weiter…

     La vue est belle sur Baden, nous en profitons un grand moment. Nous redescendons au grenier que nous parcourons en tous sens et où soudain nous découvrons des centaines de boîtes au dessus de verre contenant de magnifiques collections de papillons et autres coléoptères.

     Soudain, des notes de piano semblant sortir du plancher, nous font nous approcher d’une forte hampe qui le traverse pour suspendre le lustre de la grande salle où madame Russell dispense (avec quelle chaleur et quelle tendresse!) ses cours de musique. Honte à nous, nous larguons quelques papillons, quelques morceaux de papier à travers la rosace ajourée qui enjolive la suspension du lustre! Grand est l’étonnement en – dessous. Ils n’auront pas la clé de l’énigme car nous nous sommes « esbignés » en grand silence.

     Nous revînmes là souvent avant de quitter ce Lycée. Ce grenier, je l’appelais « BETELGEUSE » car je venais de lire « LES COPAINS « de Jules Romain.

Gabriel Vaugelade

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