Une minute de silence

     En ces années où se mêlaient insouciance, turbulences et le printemps, je me souviens de ces matins là.

     Nous devions nous lever tôt, trop tôt, pour rejoindre la petite place en face des Économats des FFA à Achern. Là, un vieux bon bus Henschel kaki aux banquettes de moleskine rouge nous attendait. Lorsque le bus Mercedes dernier cri, très confortable, des « aviateurs » rejoignait notre vieux diesel, ce mini convoi démarrait pour rejoindre le lycée de Baden, et ainsi tous les matins.

     Notre chauffeur, un ancien légionnaire, nous permettait un chahut indescriptible pendant le trajet, au grand courroux des deux ou trois vieux qui éternellement révisaient leurs cours « année du Bac » !

     Par la Bundestrasse 3, nous sortions de la ville et aussitôt après la route s’élevait doucement avant les quelques virages de Sasbach.

     Quelque soit l’occupation du moment dans le car, le « jeu » immuable consistait, arrivé à un endroit précis de tourner la tête à droite. Pendant de brèves secondes, il fallait regarder entre deux rangées de platanes une longue bande de terre terminée par un obélisque et apercevoir le drapeau français. C’était : le monument Turenne.

     Oui cette bande étroite est française depuis trois siècles. Sur cette faible colline, adossée à la Forêt Noire, devant la plaine du Rhin. C’était ici qu’un boulet avait emporté la vie du Maréchal de Turenne, le 27 juillet 1675.

    Evidemment les Nazis détruisirent le monument (le 26/09/1940). Il fut restauré et inauguré par le Général de Gaulle le 5 octobre 1945.

    Tout enfant, en 1947, c‘est le premier endroit où me traîna mon père lors d’une prise d’armes. Nous venions d’emménager à Achern, petite ville à moitié rasée, dans une villa réquisitionnée. Depuis je me suis souvent arrêté à Sasbach. Cette année encore avec mon fils premier né. Je croyais entendre dans le silence quelques paroles de chant que vous connaissez sans doute :

« Ils ont traversé le Rhin
Avec Monsieur de Turenne….
Ah ! Laissez-les passer
Ils ont eu du mal assez. »

     Lors d’un prochain voyage à Baden, faites une courte pause à Sasbach, à côté du Gymnasium, l’endroit est impeccable et calme. La maison du gardien est devenue un petit musée et vous êtes en France !

 Marc Hertgen

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