Souvenirs, souvenirs !

    Lors de nos réunions annuelles, les noms de nos professeurs reviennent régulièrement, certains plus souvent que d’autres. Nous avons tous des quantités de souvenirs liés, je dirai même collés à leurs noms. Aujourd’hui encore je repense souvent à deux d’entre eux. Ils étaient voisins au lycée puisque la salle de musique de Madame Russell était à côté de la classe où Monsieur Fourreaux nous enseignait les mathématiques.

    Tous deux, chacun à leur façon, m’ont fortement marquée.

    Commençons par Madame Russell dont les dictées musicales étaient pour moi un véritable cauchemar. Il n’y avait pas que les dictées musicales. En sixième je me rappelle qu’elle nous avait demandé de faire une petite composition qui, je crois, portait sur l’histoire de la musique. Cela m’avait intéressé et je m’étais vraiment appliquée. Grande a été ma déception lorsqu’elle nous a rendu nos copies et qu’elle a fait le commentaire suivant en posant la mienne sur mon pupitre: « C’est bien, mais ce n’est certainement pas de vous.» Cette remarque m’avait tellement blessée que j’ai mis plusieurs années à lui pardonner.

    Par la suite (est-ce en troisième ?), de semaine en semaine, elle nous a donné comme leçon des textes portant sur l’histoire de la musique, et surtout les biographies de compositeurs célèbres. Est-ce que certains/certaines d’entre nous ont trouvé qu’il y avait trop de chahut dans ses classes, trop de situations qui faisaient que cette heure de cours hebdomadaire était pénible, et pour elle, et pour nous ? Le résultat est qu’avec quelques camarades nous nous sommes mis d’accord pour apprendre ces leçons à tour de rôle afin de pouvoir répondre aux questions posées. Madame Russell n’était pas une pédagogue née, mais je crois qu’elle a très vite compris ce qui se passait. Au lieu de s’adresser à un élève en particulier, elle demandait très diplomatiquement : « Qui peut me parler de…? » L’un d’entre nous s’empressait alors de lever la main et de parler du compositeur de la semaine. Ainsi je me suis familiarisée avec Purcell, Haendel, Mozart, Haydn et bien d’autres, car je me suis prise au jeu et ces textes sont devenus pour moi une bouffée d’air pur dans ma vie de potache.

    En 1961 je suis partie pour Londres où j’ai vécu et travaillé quatre ans. Je n’avais pas oublié les cours de musique. N’habitant pas très loin du Albert Hall, lorsque j’ai vu l’affiche annonçant qu’une représentation du Messie de Haendel aurait lieu le Vendredi saint, comme la tradition le veut, je me suis empressée d’aller réserver ma place. Inutile de vous dire que ce jour-là j’ai vraiment pensé à Madame Russell.

    Pendant ces quatre années, et depuis, j’ai assisté à de nombreux concerts. J’aurais dû alors lui écrire ou lui envoyer un des programmes et confirmer ce qu’elle nous avait répété maintes fois à savoir que de toutes les matières que nous avions au lycée, la musique serait celle qui nous apporterait le plus dans notre vie quotidienne. Je ne l’ai pas fait, et ça, je ne me le suis jamais pardonné. Dans la prochaine gazette : Monsieur Fourreaux.

Yvette (Keiser) Bö

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