Vous souvenez vous ?

      Pour les plus anciens, sans aucun doute ! nous fréquentions le Lycée Charles de Gaulle, non pas à Baden-Oos mais là-haut sur la colline qui dominait le centre ville de Baden-Baden. Il s’agissait de l’ancien Oberrealschule dans la Graffzeepplin Straße, une bâtisse imposante, austère, qui m’impressionnait terriblement.

      Le midi, nous nous échappions, en rang bien alignés, comme il se doit, sous l’œil vigilant des pions, pardon des maîtres d’internat, je me souviens tout particulièrement de  » barbe rousse « , grand, les joues creuses étoffées par un poil au reflet roux, il surveillait nos permanences et n’hésitait pas à venir nous conseiller pour nos devoirs !  Et où allions nous ? Tout simplement prendre nos repas à la cantine située dans la ville basse.

      De là nous avions une vue privilégiée sur les vestiges du site thermal de Caracalla ; les eaux curatives des sources y jaillissent des profondeurs de la terre, à une température d’environ 70 degrés, elles étaient déjà connues des romains.On sait que l’empereur Caracalla venait y faire soigner ses rhumatismes. On continuait à y venir durant tout le Moyen Âge et bien après…

      2.000 ans plus tard les thermes construits avec une technologie de pointe portent toujours le nom de Caracalla et voisinent les vestiges des bains d’origine. Il y a quelques temps TF1 leur consacrait un superbe reportage, les français sont les meilleurs clients du site thermal. 

    De l’autre côté, vers le centre ville, vous arrivez inévitablement au Théâtre, construit en 1860, exemple de l’architecture française néo-baroque, il s’est prêté idéalement à la première de l’opéra Shakespearien de Berlioz :  » Béatrice et Bénédictine  » donné en 1862.

    Mais plus près de nous, un ancien du lycée, Jean-Claude Brialy, dans le sillon de Jean-Claude Puau, un de nos « pions », montèrent une troupe théâtrale et se produisirent sur les planches de ce superbe établissement avec :  » Le souper blanc  » d’Edmond Rostand,  » Topaze  » de Marcel Pagnol,  » les vignes du Seigneur « …   

    C’est au 19ème siècle que Baden-Baden vit son âge d’or à l’époque où têtes couronnées, compositeurs, écrivains et artistes se pressaient en ce lieu baptisé  » capitale estivale de l’Europe « .

      Mais Baden-Baden doit surtout son succès au génie visionnaire d’un homme d’affaire français du début du 19ème siècle, Jacques Bénazet, surnommé  « le Roi de Baden-Baden », qui, avec son fils Edouard, investit des sommes considérables dans l’aménagement de la ville, transformant notamment le casino, proche de la faillite, en un palace luxueux dédié au jeu, secondé dans sa tâche par des décorateurs de l’opéra de Paris.

      Ma vision n’en était qu’extérieure, j’étais trop jeune et ce n’était pas dans la culture familiale de fréquenter les salles de jeux, je me contentais de tenter ma chance, en cachette, avec quelques pfennigs dans les boîtes à sous des Gasthaus et … je n’ai pas fait fortune !

    Le casino abrite également plusieurs somptueuses salles de concert. Parmi les monuments qui rappellent l’âge d’or de Baden-Baden, les églises érigées par sa population cosmopolite occupent une place de choix.

      En souvenir de son fils, le prince Michael Stourdza, chargea l’architecte munichois Léo Von Klenze (1784-1964) de créer le parc autour de la Stourdza-kapelle dont le dôme surplombe la Trink-Halle. Durant les années qui précédèrent la Première Guerre Mondiale, l’aristocratie russe fréquenta assidûment Baden-Baden, le lien fut renforcé lorsque le prince Guillaume de Bade épousa la sœur du Tsar Alexandre II, l’église orthodoxe russe, avec son dôme en bulbe afficha l’aspect slave de la ville.

      De nombreuses célébrités fréquentèrent la douceur de vivre de Baden-Baden :

  •  Fedor Dostoïevski, (1821-1881),  écrivain russe,y résida longtemps.
  • Johannes Brahms (1833-1897), pianiste et compositeur allemand y résida de 1863 à 1874
  • Wilhelm Furtwängler (1886-1954),   chef d’orchestre allemand.
  • Pierre Boulez (né en 1925), compositeur français, considéré comme l’un des meilleurs chefs d’orchestres internationaux, résident depuis les années 1950.                

    C’est au travers de l’histoire que se révèle l’intimité des cultures françaises et allemandes à Baden, notre séjour a été révélateur et ce sont tous ces échanges qui ont appris à mieux nous connaître et à marcher vers l’Europe !  

Jean-Pierre Bénaut                                                                                             

 

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