Rencontres à Bordeaux – 2008

Rencontres en Bordelais – 26-28 septembre 2008

     Riche en rencontres de tous ordres, le voyage 2008 en Bordelais le fut certainement pour chacun des soixante et onze participants (et plus). Tous lecteurs assidus de la « GAZETTE », nous avions savouré les « mises en bouche », offertes par l’Equipe de préparation et le grand chef de cette aventure nommé P.P. (à prononcer en français de préférence).

     Ce vendredi 26, après des retrouvailles inespérées ou attendues, ce n’est pas « à l’aurore » que commence l’aventure (cf. Brel), mais après le déjeuner. Deux bus nous emportent, somnolents mais curieux, à la découverte « d’un joyau dans un écrin de vignes ! » Quelques blagues de potache fusent pour accueillir notre charmante guide, un ou deux refrains nous réveillent, puis nous la suivons dans ses explications …

     Bientôt, nous naviguons sur un océan de vignes. L’œil glisse de combes en vallons, passe sur un tourbillon au pied d’une côte, se repose un court instant sous un chêne-vert au tournant d’un chemin.

     Partout, des vagues vertes montent s’étirer au soleil, redescendent et remontent sans fin, jusqu’au pied de la Barbanne, rivière qu’elles s’interdisent de franchir sous peine de perdre la noblesse de leur appellation Saint Emilion pour en devenir des « satellites ».

     Ça et là, émergent des clochers romans, centres de petits villages et partout des bouquets d’arbres cachent demeures et châteaux, quand ils ne se campent pas au milieu d’un parc somptueux.

     Des noms prestigieux sont évoqués ; belles demeures ou châteaux XVIIIème avec traces Renaissance ou du Moyen Âge : Château Figeac, Château Cheval Blanc, Premier Grand Cru Classé A avec Château Ausone. La légende en fait l’héritier direct d’une villa d’Ausone, poète et consul latin bordelais du IVème siècle. Château Canon, Pétrus

     C’est dans une propriété familiale « Château la Grâce Dieu les Menuts » en Saint Emilion que nous rencontrons le propriétaire ; il nous renseigne sur le travail des viticulteurs tant à la vigne (conduite de la vigne, vendanges vertes, effeuillage) qu’au chai (tables de tri, macérations adaptées, nouveau mode de vinification).

     A notre départ de Saint Emilion, le coucher de soleil embrase le village « joyau dans un écrin de vigne » et nous remet en mémoire les merveilles découvertes au hasard des ruelles pavées et dangereusement pentues : vue plongeante sur la Place du Marché, toits et façades ocre rouge et jaune, étrange et majestueuse église souterraine, creusée dans un seul bloc, dominée par un clocher aérien, presque irréel, posé sur la pierre, donjon ou tour du roi d’où sont proclamés par la Jurade le ban des vendanges en septembre et le jugement du vin nouveau en juin.

    Tant de majesté qui a pour point de départ l’ermitage d’Emilion, petite grotte mystérieuse avec son mobilier taillé dans la roche et sa source « miraculeuse ». La grotte se prolonge par d’impressionnantes Catacombes creusées par les moines, successeurs d’Emilion. Près de là, un oratoire du Moyen-âge, modèle de grâce et de pureté dévoile ses peintures murales et permet de sortir de l’ombre.

     Le temps d’avaler un macaron, spécialité du pays et nous faisons route vers Bordeaux.

     Même vertige le lendemain avec la ballade en Médoc et la découverte des Margaux, Saint Estèphe, Pauillac, Lafite et Mouton Rothschild. Un œnologue en Médoc ainsi qu’un jeune propriétaire complètent avec brio notre formation et notre art de déguster un excellent Château Giscours puis un Château Maucaillou.

     Bordeaux « by night » n’a d’égal que Bordeaux de jour. L’interminable déroulement des façades blanches le long des quais nous force à penser que la France recèle plusieurs plus belles villes du monde !

     « Prenez Versailles, ajoutez-y Anvers, vous aurez Bordeaux », c’est ainsi que Victor Hugo, frappé par la majesté des constructions du 18ème siècle et l’ampleur du fleuve, définissait la ville. Les façades d’habitations identiques et alignées dissimulaient les entrepôts contenant tout l’appareillage nécessaire à la fabrication et au négoce du vin, assuré par des navires anglais et hollandais. Deux de ces façades sont en effet typiquement hollandaises. Les riches négociants construisirent hôtels et demeures en abondance et avec soin. Nous sommes conquis par l’ensemble grandiose que forment les Quais, la Place de la bourse, les Allées de Tourny, l’Hôtel de Ville, le Grand-Théâtre récemment restauré, protégé par douze grandes statues de muses et de déesses qui musardent au soleil.

     Chance, Fortune, Talent et Bon Goût ont bien contribué à la naissance de Bordeaux comme le disent ses habitants.

     Ce séjour, résumé en peu de mots, évoque d’autres images, d’autres moments importants passés sous silence ; à chacun de compléter et d’y inscrire ses émotions.

     S’il est un personnage qui l’a fait à merveille, c’est bien Jacques Brel que nous avons eu le plaisir de rencontrer, porté par Jean-Claude Oudot, fidèle à ses amitiés de lycée. Il nous offre rêve et jeunesse, accompagné de talentueuses et talentueux choristes de l’Ensemble Vocal « Chœurs de France » qu’il a créé et qu’il dirige. D’emblée, nous voici transportés au « Plat Pays », le vent du nord siffle à nos oreilles, mais notre cœur chante quand « l’Italie rejoint l’Escaut ». Ce premier pas dans l’univers de Jacques Brel, si bien vécu par les voix et les corps en mouvement des chanteurs, nous installe dans un bien-être magique.

     Alors, nous nous laissons embarquer dans les dures réalités du « Port d’Amsterdam », empreintes de détresse et de tendresse humaines. Les voix s’appellent, se répondent, sévères ou malicieuses, graves ou moqueuses, toujours harmonieuses. Chaque saynète atteint en nous une corde sensible. Les « fenêtres » magnifiquement sautillantes et légères pointent le doigt sur nos travers les plus mesquins. Chez « les Bigotes » et les « Dames Patronnesses », nous préférons reconnaître une de nos voisines … Alors nous nous amusons. Un merveilleux souvenir de jeunesse jaillit soudain : « Quand on n’a que l’amour ». Puis un ange passe à l’évocation des « vieux », tendresse, amour, fragilité. Comme il faut aimer les gens pour les peindre aussi vrais ! « Notre Grand Jacques » est présent quand Jean-Claude insiste « j’veux qu’on danse, j’veux qu’on rie quand c’est qu’on mettra dans l’trou ». Par bonheur survient « Tous les enfants sont comme les tiens » ; parents et grands-parents, bien et bons vivants, nous savourons cette leçon d’humilité et de tolérance.

     L’amour, la passion, la colère, la révolte, tout se bouscule au gré des chansons, les interprètes redoublent de talent pour nous atteindre, nous croulons sous l’émotion. Depuis les yeux (un peu) larmoyants des Messieurs, jusqu’au torrent de larmes de Monique, nous avons tous rejoint, grâce au talent simple et vrai de ce Chœur, une île, bien au-delà des Marquises et peut-être même, une étoile, qui continue de nous réchauffer même trente ans après son passage chez nous !

     Merci à Jacques Brel, à Jean-Claude Oudot, aux choristes. Ce concert est un moment inoubliable de ce court séjour entre amis. Comme dit la chanson que nous avons partagée : « Himmel und Erde können vergehn ; aber di Moussissi bleiben bestehn » : « Ciel et Terre peuvent disparaître ; mais les Musiciens, la Musique, la Poésie resteront ! »

     Avant de nous quitter, saluons avec plaisir Monsieur Buléon, (professeur de français) accompagné de son épouse qui nous ont fait la surprise de se joindre à nous pour le dîner. Un instant heureux ! Merci Monsieur le Professeur.

Claude Lengelé-Lagrange

 

 

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