Un homme qui manie la baguette

Gazette n°14 de mars 2009

 Un homme qui manie la baguette :

     Vous connaissez tous Claude Panterne, le seul Membre d’Honneur de notre Association qui n’ait pas été Professeur au Lycée Charles de Gaulle à Baden-Baden; une figure remarquée de nos réunions qui nous surprend tous par l’énergie qu’il déploie, par son esprit d’entreprise, par sa créativité, par sa détermination… j’ai toujours été intrigué par son implication dans les activités culturelles et tout particulièrement pour sa passion : le chant et la musique. Il a réussi à se hisser au plus haut niveau des chefs d’orchestres, je lui ai donc demandé de vous parler de son hobby.                   

Jean-Pierre Bénaut

     JPB  Aujourd’hui, Claude, veux-tu nous parler de ton activité musicale ?

    CP   Je vais essayer de résumer mais ce n’est pas facile.

           J’avais créé des chorales à Angers et à Laval (origine de ma première épouse).

          J’en ai créé bien entendu une à Tours. J’ai continué à faire travailler les trois pendant quelques années et présenté dans chaque ville un concert annuel d’oratorio. J’ai dû, pourtant abandonner bientôt Angers et Laval.

       L’Ensemble Vocal Jean de Ockeghem que je crée à Tours, devient vite pour moi une seconde profession tellement j’y consacre de temps.

       En 1972, à la demande du Député-Maire de Tours, je crée le “Florilège Vocal de Tours”, seul Grand Concours annuel de Chant Choral en France qui reçoit chaque année plus de mille choristes du monde entier.

       Je soulignerai qu’en 1972, nous recevions un certain Ensemble “Campanella” dirigé par notre ami Jean-Claude Oudot.

 JPB  Tu m’avais parlé de Jean de Ockeghem, qui est-ce ?

  CP  C’est un important musicien du XVè siècle, Maître de Chapelle de Charles VII, Louis XI et Charles VIII et qui fut Trésorier de l’Abbaye Saint Martin de Tours, d’où le vocable de notre ensemble.

   JPB  Mais, revenons plutôt à l’activité de l’Ensemble Vocal Jean de Ockeghem.

 CP   Beaucoup de travail a permis à notre Ensemble constitué d’amateurs ayant tous leur profession, de se situer parmi les meilleurs en France.

        Je suis appelé par Marcel Landowski, Directeur de la Musique au Ministère de la Culture, à faire partie de la Commission des Chorales au Ministère.

          Notre Ensemble devient un des quatre premiers ensembles français agréés par le Ministère.

        Notre activité nous amène à donner des concerts dans 13 pays et à participer à de nombreux concours internationaux, nous permettant d’y recevoir 17 Prix internationaux.

 JPB   Quels sont pour toi les plus importants ?

 CP  D’une part le Grand Prix de Lille que nous obtenons devant plus de 400 chorales inscrites du monde entier et 58 finalistes dont 25 ensembles étrangers. D’autre part un Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros.

 JPB   Et, puisqu’il JP  JPB  Pour bien terminer quels ont été les événements qui t’ont le plus marqué ?

 CP   Certainement  ma rencontre avec Françis Poulenc qui m’avait invité chez lui à Noizay, Nous y avions discuté de l’interprétation d’une de ses oeuvres que je devais diriger. J’ajouterai également la Direction au Châtelet à Paris du ”Roi David” d’Arthur Honegger avec l’Orchestre Colonne pour le Xe anniversaire de la mort du compositeur et en présence de Madame Honegger et de son fils.           

                                                                                                                                                                                      Claude Panterne

Gazette n°15 de juin 2009

 Un homme qui manie la baguette (suite) :

    En avril vous avez pris connaissance de l’interview de Claude Panterne, vous avez découvert la facette la plus médiatique du personnage, son implication dans les activités culturelles, notamment pour le chant et la musique. Nombreux d’entre vous ont pu penser que Claude en avait fait son activité principale, son métier… eh bien non ! Ce n’était que du bénévolat au travers duquel il exprimait son talent. La curiosité poussant, (quel vilain défaut !) je lui ai demandé de lever un peu plus le voile sur son passé… à quatre-vingt-dix ans et une carrière bien remplie, il lui est facile de vous en parler :

 JPB   Je suppose que tu es tourangeau d’origine ?

CP    Pas du tout, je suis angevin, né à Angers, ayant fait toutes mes études à Angers.

JPB Que fais-tu après ta licence ès-sciences ?

CP  Je suis incorporé en 1939 et ma classe aura le “privilège” d’être mobilisée trois années. Je passerai sur les nombreuses “aventures” que mes activités de musicien, de gymnaste et autres sports me procurèrent dans mon bataillon à Rodez. Simple Aspirant que j’étais, la convocation et la rencontre dans son bureau avec le Général de Lattre de Tassigny qui souhaitait me voir intégrer l’armée, restera également un souvenir marquant.

JPB   Tu rentres ensuite, je pense, à Angers ?

CP    Oui et je deviens professeur de mathématiques dans l’Institution où j’avais fait mes études secondaires. J’y anime également une activité sportive qui mènera mon équipe junior à être demi-finaliste du Championnat de France de Basket-ball. Là enfin, prendra naissance mon activité musicale à la direction de la chorale et de la musique instrumentale de l’Institution.

JPB   Combien de temps restes-tu à Angers ?

CP    Quelques années seulement jusqu’en 1948.

       Mon père, aveugle de la guerre 14-18, avait créé à Tours une entreprise de transport. L’entreprise prenant un essor qu’il ne maîtrisait plus que difficilement, il me demanda de le rejoindre à Tours et je devins tourangeau.Quelles sont alors tes activités ?

CP    Je pratique allègrement la semaine de deux ou trois fois 35 heures !

          J’abandonne complètement le sport, hélas !

       La gestion de mon entreprise s’accompagne de la Présidence à Tours du Syndicat des Transporteurs et à Paris de la vice-présidence du Comité National Routier.

          Et … le soir je deviens musicien !

JPB   Quelle conclusion nous proposes-tu ?

CP     – Que le petit amateur que je suis ait pu diriger plus de 275 concerts et plus de 400 œuvres

      – Qu’il ait pu diriger presque tous les grands oratorios de Bach, Mozart, Haydn, Haendel, Mendelssohn, Fauré, Honegger, Poulenc, etc…

        – Qu’il ait pu diriger de nombreux orchestres professionnels français et étrangers : l’Orchestre Colonne, l’Orchestre Philharmonique des Pays de la Loire, L’Orchestre MAV de Budapest, l’orchestre MAV de Debrecen (Hongrie), l’Ensemble Vocal et l’Ensemble Instrumental de Lausanne de Michel Corboz, l’Orchestre Verein de Stuttgart, l’Orchestre de Chambre de Versailles, etc…

     – Qu’il ait été promu au titre du Ministère de la Culture Officier de l’Ordre National du Mérite, Officier dans l’Ordre des Palmes Académiques, Officier des Arts et des Lettres,

          – Qu’il ait reçu en 2008 des mains du Ministre lui-même la Légion d’Honneur,

N’est-ce pas une chance étonnante, qu’au fil des jours je continue très simplement à vivre comme un artisan que j’ai toujours voulu être !

Mon cher Jean-Pierre, tu as réussi à me faire sortir quelque peu de ma retraite et tu as voulu ce long et pourtant très raccourci curriculum vitæ. J’ai tenté d’être objectif tout en reconnaissant avoir peut-être manqué de modestie. Fallait-il tronquer une histoire que j’ai partagée avec Françoise pendant plus de 30 ans et qui, pour moi, a été passionnante… mais ne risque-t-elle pas de l’être beaucoup moins pour nos amis ?

Claude Panterne

 

 

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