Que reste-t-il de notre bon vieux bahut ?

     « Depuis 2006, nous attendions impatiemment que le voile se lève sur le devenir de notre Lycée, c’est chose faite ! Monsieur Marc Cano, dernier Proviseur en date du Lycée, a eu la grande gentillesse de nous éclairer sur ce qu’est aujourd’hui ce lieu cher à notre adolescence. Pour ceux qui se désolaient de le voir en ruine, rassurez vous le phœnix renait peu à peu de ses cendres…   Merci Monsieur Cano ! »

      Quelques participants à notre Assemblée générale 2012 à Oberhammersbach

    Que reste-t-il du (bon vieux) Lycée Charles-de-Gaulle / (bahut) ?

    Peu de chose, à vrai dire, si l’on compare avec l’Ecole Paris qui, elle, a été assainie à grands frais, restructurée, et transformée en une trentaine de lofts chic et chers, alors que la plupart des bâtiments qui constituaient le lycée ont été rasés et qu’il ne reste plus que les cinq blocs de l’internat et du lycée professionnel ainsi que le bâtiment qui les relie, le long du Jägerweg, et dont les anciens pensionnaires se rappellent sûrement de l’entrée qui les accueillait le dimanche soir.

    Et pourtant ces cinq blocs que nos amis allemands ont baptisés les « cinq doigts » et qu’ils désignent familièrement par F1, F2, etc.…, pour Finger1, Finger2, etc.… sont les témoins, toujours aussi imposants et solides, que l’essentiel a été préservé : le site de notre ancien lycée reste, avant tout, un lieu d’enseignement et de formation professionnelle, qui joue un rôle essentiel dans le développement de la Cité, devenue un véritable moteur économique de la ville de Baden-Baden.

    Que trouve-t-on dans ces « doigts » ? Beaucoup d’Anciens le savent peut-être, c’est essentiellement « Die europäische Medien-und Eventakademie », l’Académie européenne des médias et de l’événementiel, qui les occupe depuis la fermeture du lycée et qui est une filiale à cent pour cent de la ville de Baden-Baden.

    C’est donc un choix que la ville a fait dans le but de conforter sa position dans le domaine, aujourd’hui tellement important, des médias, grâce en particulier à une collaboration renforcée avec le SWR ( Office de Radio et Télévision du Sud-Ouest ) et, dans celui tout aussi essentiel de la formation professionnelle, grâce au concours de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Karlsruhe, qui, tous deux, ont une antenne sur le site ; à plus ou moins longue échéance, Baden-Baden vise même le statut de ville universitaire. En attendant cette consécration, l’EurAka (on devine que le sigle désigne l’Académie mentionnée plus haut), institution unique en Allemagne dans sa spécificité, continue de former, comme son nom l’indique, des spécialistes de haut niveau – chefs de projet et responsables de production, avec leurs assistants, mais aussi régisseurs, éclairagistes, ingénieurs du son, décorateurs, réalisateurs etc…- pour tout ce qui touche à l’événementiel, c’est-à-dire à la conception et à la réalisation des congrès, des salons, des festivals, des conventions, des grands cocktails, des remises de prix ou des rallyes, entre autres, qui représentent un énorme marché, chiffré, dit-on, en milliards d’euros. Au mois de novembre dernier, les diplômes de « manager événementiel » ont été remis aux lauréats de la 14ème promotion.

    Mais on trouve également au sein de l’EurAka une «  Ecole européenne hôtelière », créée en 2005, qui, compte tenu de la tradition internationale de Baden-Baden dans ce domaine, est d’un niveau d’exigence qu’on devine facilement. A ce propos, si l’Amicale des Anciens passe en 2012 à Baden-Baden, nous pourrions, peut-être, demander à cette Ecole de nous préparer un repas que nous prendrions à la Mensa, c’est-à-dire au restau-U du campus installé dans le F3 (le 3ème doigt !). Pourquoi pas, puisque le Lions Club de la ville l’a déjà fait (il faut dire que le  président du club, alors en exercice, est lui-même directeur d’hôtel !) ?

    Pour revenir aux « cinq doigts », on ne peut pas manquer de signaler qu’ils abritent également les annexes de deux excellents lycées professionnels de la ville qui, tous deux, portent le nom de Français connus, voire célèbres, à savoir le lycée Robert Schuman, à vocation commerciale et juridique, et le lycée Louis Lepoix qui fait un travail remarquable dans tous les domaines de la « mise en scène » : peinture, impression, son, maquillage (impressionnant !), lumière etc.… Le rapport annuel pour 2009-2010 de cette école est un petit chef d’œuvre.

    Et, à l’autre bout des bâtiments, l’Université Populaire de la ville s’est installée dans le « F1 », en septembre dernier, et propose cours, séminaires, conférences d’une richesse et d’un niveau dignes de la tradition de cette vénérable institution. A toutes fins utiles, il faut signaler qu’elle envisage, avec, notamment, le concours d’une ancienne professeur (puisque le Larousse nous y autorise…) du lycée, spécialiste confirmée de la question, la création d’Archives et peut-être, plus tard, d’un Musée qui seraient consacrés à l’histoire franco-allemande de l’après-guerre à Baden-Baden et, notamment, à la Cité et au quotidien des familles françaises qui y habitaient, et que les initiateurs du projet sont à la recherche de documents et d’objets qui s’y rapporteraient. A bon entendeur !…

    Et le stade, se demandent sûrement quelques lecteurs ?

    Ah, le stade… eh bien ! lui aussi tel que l’ont connu les Anciens appartient désormais au passé et il est destiné à devenir (il est question de travaux d’aménagement pour quelque 2 millions d’euros ! ) un espace vert et de loisirs, avec pelouse pour pique-nique et bronzage, ouvert à tous, petits et grands, élèves de l’école élémentaire (il en sera question un peu plus loin) ou étudiants de l’Académie de l’Evénementiel, aux habitants de la Cité mais aussi à ceux d’autres quartiers de la ville. Il ne sera plus réservé aux athlètes et aux footballeurs qui devront accepter de le partager avec les volleyeurs et les basketteurs, avec les joueurs de tennis de table et les sauteurs sur trampoline, avec les acrobates à vélo et sur skateboard pour lesquels des pistes spéciales vont être installées dans les semaines à venir. L’espace qui longe les cinq doigts, à l’intérieur du campus, et qui mène au stade a été baptisé « Promenade ». L’accent est donc mis sur l’ambiance, le ludique, le convivial, ambition qu’il faut bien accepter même si l’espace entre la Promenade et la Breisgaustrasse est occupé par un parking, certes  » écolo  » ( c’est-à-dire du gravier sur toute la surface et des barrières en bois ! )  pour 200 voitures…

    Enfin et surtout, car il s’agit de l’avenir de la Cité, quartier en pleine expansion, économique et démographique, on ne peut qu’applaudir à l’installation sur le terrain à l’angle Breisgaustrasse / Rotweg, en face de l’église, classée monument historique et devenue salle-atelier, remarquablement équipée, de spectacles et de manifestations de l’EurAka et du lycée Louis Lepoix, d’une maison pluri-générationnelle, d’une école primaire prévue pour 200 élèves, d’un Kindergarten pouvant accueillir une centaine d’enfants, d’une crèche, d’une cantine et d’un gymnase flambant neuf adapté aux besoins des différentes classes d’âge.

    Tous les mercredis matin, quand je m’installe dans une salle de classe du « doigt Nr1 » pour y suivre mon cours d’anglais à l’Université populaire, je vois l’endroit où se trouvait la villa du proviseur, face à la Tour d’Auvergne qui a gardé son nom et qui abrite plusieurs maisons d’édition. Et il n’y a plus de villa, mais un terrain de jeux avec portique, glissoire, bac à sable où des enfants s’amusent, sautent, rient et crient. Et mon cœur à chaque fois se réjouit de constater que la reconversion de notre bon vieux bahut est parfaitement réussie ou pour parler avec Goethe, le germaniste demande pardon, qu’elle est un « Stirb und Werde » accompli.   

Marc Cano 

 

                                                                                                                             

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