Le Général Koenig et le Gouvernement militaire

1945 à 1949 : Le Général Koenig et le Gouvernement militaire

      Le 15 juillet 1945, “le Suprem Headquarter Allied Expeditionnary Forces“ est supprimé et, le 24 juillet, la 1er Armée est dissoute. Le 22 août 1945 le Gouvernement Provisoire Français nomme le Général Koenig, héros de Bir Hakeim, Commandant en Chef Français en Allemagne (CFFA). Disposant du pouvoir législatif dans la Zone d’occupation française, il est secondé par un gouvernement militaire qui détient le pouvoir exécutif et reçoit des consignes du Commissariat Français aux Affaires Allemandes et Autrichiennes. Ces pouvoirs s’exercent aussi bien sur les ressortissants français que sur les Allemands. Jusqu’en 1949, des Journaux Officiels spécifiques à la Zone seront mensuellement publiés à Baden-Baden pour diffuser lois, décrets, directives, tarifications, comptes rendus de procès de criminels de guerre etc.…

Les troupes françaises sont commandées par le Commandant Supérieur des Troupes d’Occupation (CSTO) adjoint du CCFA. Les débuts du gouvernement militaire sont difficiles, le recrutement et la répartition du personnel administratif présentent des lacunes. En outre, la distinction entre le pouvoir militaire et civil ne facilite pas les choses.

      L’arbitraire du découpage de la Zone, deux triangles s’opposant par la pointe et privés de toute possibilité d’osmose par l’étranglement de Karlsruhe, ajoute à la difficulté. Les communications naturelles sont disloquées, les liaisons économiques et administratives séculaires sont rompues, des provinces sont amputées de leur capitale : le Wurtemberg sans Stuttgart, le Bade sans Karlsruhe, la Rhénanie sans Cologne.

      Dans la tâche de remise en marche d’un grand pays dévasté, le Gouvernement Militaire rencontre un obstacle de taille : la pauvreté des moyens. Certaines lenteurs d’organisation, la lourdeur des réquisitions, les insuffisances du ravitaillement sont en grande partie attribuables à la misère de la France., vainqueur ravagé et pillé à qui incombe la charge d’administrer un vaincu dévasté. Un journaliste allemand de la Zone américaine note à propos de la Zone française :

 « es ist eine bittere Sache, einem hungrigen Herrn dienen zu müssen ». (C’est un amer destin de servir un maître qui a faim).

      En dépit des difficultés sont lancés la remise sur pied de la vie économique et un vaste programme d’apprentissage de la démocratie. En 45, presque la moitié des ponts, des gares et des voies ferrées, des usines chimiques et des entreprises de mécanique est détruite. Dès 47, la quasi-totalité des usines chimiques et des centrales électriques est en état de fonctionnement. Pour sa part le 10ème Régiment du Génie de Vieux-Brisach reconstruit les ponts de Kehl, Vieux-Brisach, Kembs, Plittersdorf et Chalampé, et ouvre la route des crêtes de la Forêt Noire qui passe par le Kniebis. En 1948, 600 ponts routiers sont ouverts ou rouverts au trafic. Le Groupe français de la navigation (de Bâle à Lauterbourg) et la section régionale des travaux publics et des transports de Rhénanie (entre Lauterbourg et la zone britannique) restaurent le trafic fluvial sur le Rhin au niveau de 1,5 millions de tonnes. Cheminots allemands et français (D.T.M.V.F.) conjuguent leurs efforts pour reconstruire le réseau ferroviaire.

      Si les Allemands de la Zone française peuvent reprocher une organisation parfois défaillante et quelques chicanes administratives, ils reconnaissent chez les occupants, le sens de la personne, de l’humain, et une tendance spontanée à faire fléchir les consignes et le règlement face une criante misère. Ils reconnaissent chez l’occupant, le sens de la personne, de l’humain et une tendance spontanée à faire fléchir les consignes et le règlement face à une criante misère. Ils leur reconnaissent aussi de reprendre, sur le plan du ravitaillement de l’esprit, les avantages perdus sur le plan du ravitaillement alimentaire. Ainsi, naissent de nombreuses revues de presse littéraires ou artistiques, se multiplient les traductions en langue allemande d’auteurs autrefois interdits et sont montées des expositions d’art, des tournées théâtrales ou cinématographiques. Par ailleurs un Centre d’études Germaniques est créé à Strasbourg tout spécialement pour former les personnels du gouvernement militaire à la langue, l’histoire et la culture allemandes. Dans le domaine de l’instruction publique, les enseignements primaires, secondaires et supérieurs sont réformés, les manuels refondus. Les Universités de Freiburg et de Tübingen rapidement rouvertes et Mayence renoue avec un passé historique universitaire. A Spire est créée une École supérieure d’Administration et à Gemersheim, une École d’Interprétariat. Les premiers journaux politiques apparaissent, les réseaux radiophoniques sont développés à partir et après réparation du centre de Coblence, et à Baden-Baden naît la Südwestfunk.

Sources : Revue MERCURE mars 1999

Prochaine parution : 1949-1955 Le Haut Commissariat et le régime d’occupation

 

 

 

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