Baden le cadre historique

P R O M E N A D E   H I S T O R I Q U E

A travers B A D E N – B A D E N

Texte de RAYMOND SEREAU
Illustrations de Henri Gayot

     Certes, ces Français, bien qu’absorbés par de multiples occupations, ne confondent pas la Lichtentalerstraße avec la Gernbacherstraße, ni le Kurhaus avec le Friedrichsbad; mais combien parmi eux connaissent le passé de la ville qu’ils habitent, ainsi que les faits marquants qui se sont déroulés dans les immeubles plus ou moins somptueux où ils ont l’habitude de vivre.

Ils valent cependant la peine qu’on s’intérresse à eux, ces vestiges des temps lointains, ces monuments marqués de l’empreinte des 17ème et 18ème sièles et ces hôtels qui s’élevèrent un peu partout lors de la grande prospérité du siècle dernier.
Que de souvenirs portent en elles les pierres de tous ces bâtiments : Souvenirs de grands événements et souvenirs des hommes qui furent à leur origine. Ainsi en arrive-t-on à comprendre que Baden fut beaucoup plus qu’une ville d’eau célèbre et que ce n’est peut-être pas un destin aveugle qui, de nos jours, a fait d’elle la capitale de la zone d’occupation française en Allemagne.

     Plaçons tout d’abord Baden dans son cadre historique. Comme la plupart des villes rhénanes, Baden a une origine romaine.

     Elle fit partie au 1er siècle, de ces territoires de la rive droite du Rhin que les Romains nommaient “les Champs Décumates“.

     La découverte des sources d’eau chaude y attira vers l’an 215, l’empereur Marc-Aurèle qui fit construire les thermes.

     La ville, qui s’appelait alors Civita Aquensis, devint par la suite, Civita Aurelia Aquensis en l’honneur de son bienfaiteur.

     Au moment des grandes invasions, les barbares la détruisirent de fond en comble, 400 ans plus tard notre bon roi Dagobert vint y faire une cure et, satisfait des résultats obtenus, fit don des bains de “Badin“ au convent alsacien de Wissembourg.

     En 987, on trouve, dans une charte de l’empereur Othon III le nom de Baden mentionné.

     Le pays dépendait alors de la famille des Zähringer, comtes en Brisgau, qui en 1112, prirent le titre de Margrave de Bade.

     Les margraves de Bade vivaient de l’existence des Barons et des Comtes du moyen âge : guerroyant, chassant, assistant à des festins pantagruéliques.

     Parfois, l’un d’eux, dégoûté du monde, quittait le château et partait se réfugier dans le silence des monastères ou dans la solitude des forêts.

     Ce fut le cas du Prince Bernard, qui se retira dans un ermitage, prêcha la croisade contre les Turcs et mourut de la peste en Italie en 1458. Canonisé en 1778, il devint le saint patron du pays.

     En 1535, après le partage qui eut lieu à la mort du Margrave Christophe, Bernard III devint le fondateur de la lignée des princes de Baden-Baden. Quant à la ville qui nous intéresse, cachée dans la vallée boisée de l’Oos, en dehors des grands courants de circulation, elle eut, pendant de longues années, une existence paisible. Elle devint même une cité prospère.
Cependant au XVIIème elle eut à souffrir des rigueurs de la guerre.

     Pendant la guerre de 30 ans, elle fut ravagée par les troupes du Duc de Saxe-Weimar, puis occupée par les Suédois et les Français. Sous le règne de Louis XIV, au cours de la campagne de 1689, la ville fut incendiée lorsqu’elle fut prise par les troupes françaises que commandait le Maréchal de Duras.

     Au XVIIIème siècle, nous nous arrêterons un moment pour dire quelques mots sur les personnages les plus marquants de la Maison de Baden, le Prince Charles-Frédéric, qui sut agrandir son pays et lui donner approximativement sa configuration actuelle.

     Le Prince Charles-Frédéric fut ce que l’on appelait alors un “Prince éclairé“, ami des philosophes et des artistes. Il eut l’ambition d’être le “père de son peuple“ et fit tout pour accroître son bien être. Le premier des princes allemands, il abolit le servage. Il fonda des écoles, encouragea le commerce, l’agriculture et l’industrie. Enfin, il exposa ses idées libres échangistes dans un ouvrage appelé :

    “ Abrégé des principes de l’économie politique“.

     Ce fut aussi un homme habile qui sut tirer parti des bouleversements que provoquèrent la période révolutionnaire et l’empire. S’il prit part à la coalisation de 1792, il conclut une paix séparée quatre ans plus tard et l’on peut dire que dès ce moment sa politique ne s’opposa plus à la politique française.

     Charles-Frédéric eut six filles et un petit fils. Les filles à marier constituent parfois une préoccupation pour un père de famille, mais le prince de Baden sut se tirer de cette situation d’une manière aussi brillante qu’avantageuse. De deux d’entre-elles, il fit des Grandes-duchesses de Hesse et de Brunswick ; de deux autres, des reines de Bavière et de Suède et d’une cinquième, (qui épousa le Grand Duc Alexandre Pawlovitch de Russie, le futur Alexandre 1er) une impératrice. Une seule devait rester célibataire.

     Quant à son petit fils, le Prince Charles, il se maria avec Stéphanie de Beauharnais, fille adoptive de Napoléon 1er. Ces alliances permirent à Frédéric de profiter des remaniements territoriaux qui furent opérés alors. A la paix de Lunéville, il se vit attribuer Mannheim, Heidelberg, Offenburg, Uberlingen en échange de quelques territoires qu’il perdait sur la rive gauche du Rhin.

     Après la paix de Freiburg, il reçut les possessions autrichiennes de la Forêt Noire avec le Brisgau, Fribourg et Constance.

     En 1806, Charles-Frédéric agrandit encore son pays par de nouvelles acquisitions sur le Haut-Danube, dans la région du Neckar et au Sud-est du lac de Constance.

     C’est alors que Napoléon fit de la principauté de Bade un Grand-duché.

     A sa mort, en 1811, Charles-Frédéric avait triplé l’étendue de ses Etats dont la population avait quintuplé.

     Le mérite de cette réussite revenait certes, tout d’abord au Grand-duc, monarque intelligent et diplomate avisé, mais aussi aux deux femmes qu’il eut successivement : La Princesse Caroline de Hesse, qui mourut en 1783 à Paris, et Louise Geyer, Comtesse de Hochberg.

     Cette dernière qui n’avait que 19 ans lorsqu’à 59 ans le prince l’épousa, fut une personne adroite, ambitieuse et passablement intrigante en ce qui concernait les intérêts des siens, mais qui contribua grandement à rapprocher la politique badoise de la politique napoléonienne. Elle devait laisser une trace ineffaçable dans l’histoire du Grand-duché puisque ce furent, dans la suite, les enfants qu’elle donna à Charles-Frédéric qui assurèrent sa descendance sur le trône de Bade.

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