Baden-Baden Nostalgie

 (Promenade Historique à travers Baden-Baden de Raymond Serreau et Henri Gayot)

     Ville au passé lointain, Baden-Baden a, comme beaucoup d’autres villes d’Allemagne, gardé l’empreinte d’une époque. Baden, restera la ville du XIXème siècle, celle où se plurent Musset, Balzac, Hugo, Berlioz et tant d’autres. Il faut se la présenter par une belle journée de septembre 1865, animés par des personnages semblables à ceux de Winterhalter, peintre de la grâce du Second Empire, et originaire lui-même de Baden-Baden.

    Des magnifiques attelages, des victorias, des tilburys circulent dans des allées et croisent des cavaliers aux uniformes rutilants.

    C’est tout un chatoiement de crinolines roses, bleues, mauves, portées par des élégantes maniant au dessus de leurs têtes des ombrelles minuscules et qu’entourent des dandys coiffés de hauts de formes.

    C’est Hortense Schneider, Blanche d’Antigny que l’on rencontre ainsi, ou bien Cora Pearl accompagnée du prince de Hohenlohe et du Prince de Turn et Taxis.

    Le soir, tout le monde se retrouve à “l’hôtel des Ours“ où l’on danse le cancan.

    Dans ses mémoires Marie Colombier (fin d’Empire 1865) nous donne un tableau pittoresque de ce qui s’y passait.

    Elle nous fait faire connaissance avec un Bismarck ignoré. Le diplomate arrogant et retors, le terrible “cuirassier blanc“, abandonnant toute retenue, gambadait là en bras de chemise, aux trois-quarts ivre ; probablement pour oublier la politique et ses intrigues.

    C’est également à l’hôtel de l’Ours qu’un matin, à l’aube, Mustapha Pacha, frère du Khédive d’Egypte, ayant vraisemblablement besoin de rafraichir ses idées, fit exécuter sur son crâne chauve, une mémorable friction au champagne par les sémillantes compagnes avec lesquelles il avait passé la nuit à rire et à danser.

    Qu’elle profite de ses derniers beaux jours, cette société brillante qui va de fêtes en fêtes.

    Elle ne se doute pas qu’elle est à la veille d’une guerre de 100 ans qui, commencée en 1870, se continuera de 1914 à 1918 et sera reprise en 1939.

    Bientôt, en falsifiant la fameuse dépêche, Bismarck (dont une affreuse statue s’élève comme un châtiment posthume dans la Jesuitenstaffeln), mettra fin à ces temps heureux.

    Il allait ouvrir un cycle infernal qui conduira rapidement l’humanité de l’époque où il faisait bon vivre à celles des guerres mondiales, des cartes d’alimentation et de la bombe atomique.

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