Le livre improbable

      Un livre vient de sortir de l’Imprimerie de l’Assemblée Nationale, un livre qui, comme chaque livre, a une histoire. Rien d’extraordinaire à cela, me direz-vous. Et pourtant !

   Son histoire a quelque chose d’improbable : elle repose sur une gageure !

     En effet, ce livre est né d’une gageure faite entre deux personnes qui ne se connaissaient pas quelques heures auparavant et qui s’engageaient, dans leur enthousiasme, « imprudemment » diraient certains, à tenir un pari dont l’exécution allait quasiment emplir leur vie et occuper leur esprit durant les mois à venir.

     Une main tendue, une syllabe prononcée : CHICHE ! Et le sort en fut jeté.

     Cela se passait par une radieuse journée de septembre 2012 à Baden-Baden où d’anciens élèves de l’ex Lycée Charles de Gaulle de notre ville, étaient venus passer la journée.

     J’avais été mise en contact, quelques temps auparavant, avec le Président fondateur de leur association, Jean-Pierre Bénaut, grâce à notre ami Marc Cano, le dernier Proviseur de l’établissement. En effet, m’étant intéressée peu avant au magnifique triptyque que Jean-Pierre Ponnelle avait peint en 1960 pour l’église Notre-Dame de la Paix, triptyque qui se trouvait depuis 1969 en France, je recherchais alors des personnes qui auraient connu ce compatriote. Or Jean-Pierre Ponnelle avait été élève du Lycée Charles de Gaulle.

     Une sympathique conversation s’engagea ce jour-là. Nous échangeâmes des souvenirs, des réflexions. Le Président, Robert Popille, assis à ma gauche de même que Jean-Pierre assis en face de moi, disaient leur joie de traverser de temps à autre ce beau grand fleuve qui fut, par le passé, sujet de tant de litiges entre la France et l’Allemagne, de revenir de temps en temps dans cette ville, dans ces paysages qu’ils avaient aimés. Ils me disaient leur joie de revoir certains bâtiments et monuments qui les avaient tant impressionnés étant enfants et adolescents.

     Les souvenirs, qui à chaque visite les envahissaient, étaient parfois merveilleux et les comblaient d’aise. Il y en avait aussi de moins beaux, de moins exaltants. Mais tous étaient émouvants et avaient contribué à faire d’eux ce qu’ils étaient devenus.

     Je n’ignorais pourtant pas que beaucoup de ces jeunes, transplantés dans notre ville par les aléas de l’histoire, n’avaient eu que peu de possibilités de faire de si belles expériences, leur famille ne séjournant souvent que peu de temps dans une des villes de la zone d’occupation française et se trouvant de plus, à partir des années 1950, confinés dans les cités-cadres.

     J’écoutais donc, très émue, quand ils me parlaient de rencontres faites, alors, de quelques rares amitiés qui avaient été nouées par ces « anciens jeunes », ces anciens jeunes qui avaient été brusquement transplantés dans un pays jusqu’alors ennemi et qui ne pouvaient donc, au départ, qu’avoir une vue négative de ses habitants.

     Une idée me vint alors que j’exprimai sans détour :  » Et si vous fixiez par écrit ces souvenirs, si vous me les transmettiez, et si vous demandiez à vos amis de faire de même, je pourrais présenter ces témoignages aux personnes de ma connaissance qui déplorent souvent le manque d’intérêt des Français stationnés dans notre ville… »

La réponse fut prompte et enthousiaste: « D’accord ! »

Sur quoi je tendis la main, et à mon « Chihe » suivit un « Chiche » non moins claironnant !

     Jean-Pierre Bénaut qui s’était ainsi engagé, m’envoya le premier courriel très rapidement à son retour dans ses pénates, me priant de rédiger un appel de participation pour la Gazette de l’association d’anciens élèves. Ce que je fis de bon cœur, expliquant que ce que je recherchais c’étaient des souvenirs de rencontres, que ce soient des rencontres entre individus, des rencontres littéraires, artistiques, des rencontres positives tout comme des rencontres négatives d’ailleurs, car tout peut être présenté d’une manière sinon positive, tout au moins constructive. Je tentais de faire comprendre que ce que je cherchais, c’était des observations, des sentiments, des réflexions d’alors, des conclusions peut-être.

     Le projet se mit lentement, parfois trop lentement en marche, à notre gré. Nous renouvelâmes plusieurs fois les appels dans la Gazette. J’en parlai autour de moi et recueillis également des témoignages d' »anciens jeunes » allemands.

     Il fallut bientôt penser à mettre un terme à notre quête. Je ne savais toujours pas ce que nous pourrions faire de ce trésor amassé. J’en parlai autour de moi.

     C’est alors que j’eus la chance de rencontrer Monsieur Pierre-Yves le Borgn’ député des Français de l’Etranger, 7ème circonscription comprenant l’Allemagne, l’Europe centrale et orientale, Président du groupe d’amitié France-Allemagne à l’Assemblée Nationale qui, toujours à l’écoute de ses électeurs avait répondu à l’invitation du Cercle franco-allemand de Baden-Baden, et était venu nous parler de son travail et répondre à nos questions.

Je lui dis un mot de ce que nous avions entrepris. Son intérêt fut immédiat de même que son offre de nous aider dans la mesure de ses possibilités.

   J’avais entre temps, parmi les anciens élèves, deux nouveaux collaborateurs qui venaient s’ajouter à Jean-Pierre Bénaut, je veux citer ici Madame Yvette Isaac-Barale et Monseigneur Grégoire, dans le privé Michel Mendez.

   Sans eux, qui m’ont si activement épaulée, jamais ce livre n’aurait connu son « prêt à imprimer ». Ce « prêt à imprimer » qui fut suivi d’un « bon à tirer ».

   Mais sans notre député Monsieur Le Borgn’, sans la ferme volonté de cet homme et sans son engagement politique à toute épreuve, sans l’idéal européen qui l’anime  » depuis l’âge de l’éveil politique » (ce sont ses propres mots) et l’énergie qui est la sienne, voulant être un « élu de terrain » qui a sa permanence à Cologne où il passe tous les vendredis, étant à Paris du lundi au jeudi pour son travail parlementaire, notre projet de partage de souvenirs n’aurait pas abouti à une réalité et ce livre que nous avons la joie de vous présenter aujourd’hui n’aurait jamais vu le jour dans sa superbe forme actuelle.

MKL        (Madeleine Klïmper Lefebvre)

 

  

 

 

 

 

 

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