Baden-Baden et Bismarck

        Novembre 2014, nous voici à Baden-Baden pour l’annonce de notre livre “ Rencontres inoubliables “. La ville est toujours aussi accueillante, aussi douce, elle s’embellit au fil des années, oh ! peut-être qu’avec le temps je la regarde avec d’autres yeux. La promenade nocturne dans leKurpark, le long de l’Oos, est toujours aussi romantique, toujours accompagnée par le clapotis éternel des eaux vives…

    Cela me rappelle un souvenir des années 50. Un soir d’été, pour la fête des lumières, le tout Baden s’y promenait. Chaque promeneur déambulait avec une petite lanterne accrochée à sa poitrine, lucioles rouges qui ondulaient dans la nuit… Elles étaient dotées d’une ampoule alimentée par une batterie discrètement logée dans la pochette du veston. Arrivés à hauteur de la roseraie, le silence devenait presque total, nous entendions à peine, les airs joués par  l’Orchestre Philharmonique installé dans le kiosque musical devant les thermes…

    En novembre 2014, il n’y avait pas d’orchestres, seuls les clapotis de l’Oos continuaient à murmurer…  Il n’y avait pas de feux follets, seules les illuminations des hôtels sur l’autre rive apportaient un faible éclairage et donnaient une couleur blafarde aux proches fenaisons.  À l’instar de l’hôtel « Atlantic »… qui autrefois se nommait hôtel « d’Angleterre » et dont la façade brillait de tous ses feux. Cet hôtel fut un haut lieu de la politique européenne.

       Voici un extrait de « Promenade Historique à travers Baden-Baden » de Raymond Sereau et Henri Gayot.  

  “C’est dans cet hôtel que Bismarck rédigea son programme politique et, qu’en 1860, pendant le Congrès des Princes, des rois de Saxe, de Bavière et de Wurtemberg se concertèrent en vue d’empêcher l’hégémonie prussienne de s’étendre sur l’Allemagne.

   Leurs efforts n’eurent pas plus d’effet que les conversations qui eurent lieu, trois ans plus tard, toujours à l’hôtel “Atlantic“, entre le Tsar Alexandre II, François-Joseph et Napoléon III.

    On peut donc dire que, dans les salons de l’Atlantic, s’est joué le destin de l’Europe

  Bismark a marqué Baden de son empreinte. La ville reconnaissante, lui a érigé une « KOLOSSALE » statue, juste à côté de la Löwenbrau, là où nous avions déjeuné en septembre 2012, lors de notre Assemblée Générale.

    Non satisfaite d’être sur les hauteurs de la ville, il fallait qu’elle domine encore plus, elle fut donc installée sur un très haut socle de granit pour être encore plus dominante, à tel point qu’elle se trouve en dehors de votre champ visuel. J’ai rarement vu une statue aussi massive, aussi disgracieuse…

    Ce manque de style a d’ailleurs frappé Klaus Fischer, l’un des auteurs de notre livre Voici ce qu’il en dit :

    “Quand des Français dont le père était stationné en Allemagne mais ailleurs qu’à Baden-Baden devaient passer le BAC, ils étaient logés dans un hôtel de la Langestraße. Ils instaurèrent bientôt une coutume amusante : au lieu du fameux « monôme » habituel en France après les épreuves, ils montaient les escaliers près de la mairie, et jetaient leurs encriers remplis d’encre noire ou rouge sur la statue monumentale et sinistre de l’ancien Chancelier Bismarck qui avait été érigée en 1915, son regard menaçant Paris, la capitale de l’ennemi héréditaire ! Cela m’amusait toujours, car cette statue conçue par Oskar Kiefer et Karl Moser me rappelait toujours la statue de Roland à Brème, Roland, ce preux qui d’après la « Chanson » donna sa vie à Roncevaux pour protéger ce qui deviendrait un jour « la France »“. 

   Voilà une façon typiquement française de se venger du regard arrogant du personnage, mais s’en est-il soucié ?  

   Par contre, les riverains et services municipaux eurent fort à faire pour “débarbouiller“ ce légendaire personnage… Il n’a pas vieilli, moi si ! Mais je le regarde d’un air amusé en l’imaginant dégoulinant d’encres…

    Finalement il me paraît moins austère et moins provocateur… plus sympathique. Heureusement les temps ont changé.

J-P B.

 

 

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