Joël Molinier

    Monsieur Joël Molinier, Professeur de Droit public, Université Toulouse I, à qui notre très active adhérente Yvette Isaac avait offert notre livre « Rencontres inoublables », nous a fait une très belle synthèse de l’ouvrage.

    La justesse de son analyse fait très clairement ressortir les sentiments qui nous ont animés durant notre séjour en Allemagne, et les souvenirs que nous avons de cette période cruciale, au cours de laquelle se sont forgés les hommes que nous sommes devenus, tournés vers l’avenir européen.

 

Compte rendu

de

RENCONTRES INOUBLIABLES

     L’ouvrage paru sous ce titre en 2014, grâce au concours de l’Assemblée nationale, a de multiples auteurs – près d’une quarantaine. Qu’ont en commun toutes les personnes qui ont apporté leur contribution en vue d’aboutir à cette publication ? D’avoir vécu en Allemagne – pour la plupart dans la ville de Baden-Baden. Certaines dès la fin de la seconde guerre mondiale, d’autres plus tardivement, dans les années cinquante ou soixante. Toutes font part de l’expérience qu’elles ont vécue, qui les a, à l’évidence, marquées de façon indélébile.

     Ce sont ces témoignages qui sont offerts au lecteur. Au-delà des anecdotes dont ils fourmillent, qui en rendent la lecture très vivante, on ne peut qu’être sensible à leur caractère émouvant. Au premier abord en raison de la nostalgie qui pointe sous les souvenirs de jeunesse. Ensuite, et de manière plus profonde, parce que l’on voit, en ce lieu et en ce temps, les prémisses de ce qui devint la construction européenne, puisque aussi bien celle-ci, comme on le sait, a eu pour socle la réconciliation franco-allemande.

     Cette réconciliation, pour les protagonistes de l’ouvrage, n’avait rien d’évident. Les Français se retrouvaient dans un pays dont ils avaient cinq ans durant subi le joug. Les Allemands devaient accepter la présence d’occupants après avoir eux-mêmes joué ce rôle. Des deux côtés une défaite marquante était présente dans les esprits. A cela s’ajoutait la barrière de la langue, la différence des modes de vie, l’opposition des mentalités.

     Et néanmoins, en dépit de tous ces facteurs a priori très défavorables, entre les deux communautés le dialogue s’est noué, les échanges se sont multipliés, le « vivre ensemble » s’est enraciné. Tous les témoignages attestent que, les premières difficultés surmontées, un climat de bonne entente a dans l’ensemble prévalu. Preuve que ce que Allemands et Français pouvaient partager ou avoir en commun l’emportait, dès cette époque, sur ce qui avait pu les séparer.

     Plus significativement encore, on relève que cette expérience n’a pas été seulement, comme ce fut le cas pour la plupart des protagonistes, une parenthèse heureuse dans leur vie, mais pour certains le point de départ d’une nouvelle vie. En effet, à la suite le plus souvent d’unions binationales, des Français(es) se sont installé(es) définitivement en Allemagne, tandis que des Allemand(e)s accomplissaient le parcours inverse, qui les voyait se fixer en France. A tel point qu’on ne peut être que frappé par des témoignages dans lesquels l’auteur reconnaît qu’il est désormais plus profondément lié à son pays d’adoption qu’à son pays d’origine.

 

     L’ouverture vers l’autre que les circonstances ont provoquée a ainsi transformé les personnes qui l’ont connue en véritables citoyens de l’Europe. Peut-être même ont-ils été, sans l’avoir voulu et sans le savoir, les premiers véritables Européens ? A tout le moins ont-ils préfiguré une situation qui est devenue très répandue : celle des échanges entre ressortissants des divers pays européens et de l’établissement de nombre d’entre eux dans d’autres pays que le leur, preuve que l’Europe s’est faite concrètement, « sur le terrain ».

   Certes, on entend souvent dire, aujourd’hui, sur un ton désabusé, que l’  « Europe ne fait plus rêver ». Et il est vrai que, par rapport aux lendemains du Traité de Rome de 1957 ou même du Traité de Maastricht de 1992, qui ont été les étapes les plus marquantes de la construction européenne, l’enthousiasme que suscitait le projet européen apparaît de nos jours bien refroidi. Les difficultés à gérer une Union européenne élargie à un très – peut-être trop – grand nombre d’États, l’affrontement des égoïsmes nationaux, les effets négatifs de la crise économique sont les principales raisons de cet « euroscepticisme ».

     Et cependant, il suffit de parcourir la foison de contributions à cet ouvrage pour se reprendre à espérer. Qu’un aussi grand nombre de témoins d’une époque que l’on pouvait croire révolue aient pris la plume pour exprimer, au travers de l’expérience qui fut la leur voici bien longtemps, leur attachement au pays voisin et, au-delà, à l’idée européenne est réconfortant. On voudra ici les en remercier. L’ouvrage dont ils sont les coauteurs, outre le plaisir que sa lecture apporte, est de ceux qui rendent optimiste quant à la réalisation de cette « union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe » à laquelle font référence les traités européens.

Joël Molinier

 Professeur émérite de l’Université de Toulouse 1 Capitole

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