Jean Nurdin

Mes chers amis,

      Une fois de plus j’ai la grande joie de vous présenter une très belle lettre que m’a adressée cette fois-ci : Jean Nurdin, après lecture de notre recueil « Rencontres inoubliables » que j’avais eu la bonne idée de lui  envoyer !
 

     Ce grand Monsieur, que vous avez pu voir dans ce film-reportage présenté par FR3, il y a peu et que l’on vous avait signalé.

    Sa personnalité, sa sincérité pour parler de cette période difficile de l’après guerre quand les Français « occupèrent  » l’Allemagne m’avait particulièrement intéressée et ayant eu la chance de pouvoir trouver son n° de téléphone, je l’ai appelé… et voilà la suite !                                

Yvette Isaac

Dole, le 02-02-2015

          Chère Madame

     J’ai lu avec grand intérêt le recueil “Rencontres inoubliables“, dont je vous remercie vivement.

    Ces souvenirs sont d’autant plus intéressants que l’Allemagne était à cette époque “inconnue“, ce qu’elle est du reste très largement encore aujourd’hui. Je reste convaincu que lors des grandes confrontations (1870, 1914, 1939) les Français auraient eu avantage à mieux connaître leurs voisins.

    Ces mémoires donnent l’exemple d’une réconciliation possible entre ennemis dits “ héréditaires “, à tel point que certains historiens israéliens ont cherché à imiter ce modèle pour surmonter leurs différences avec les Musulmans ?

    Les contacts établis à Baden-Baden ont été à coup sûr uniques dans l’histoire des relations franco-allemandes. Cette cité thermale située non loin de l’Alsace et jouissant d’une renommée internationale permettait assurément de fructueux rapports. Avant tout, l’élimination des préjugés.

    Les stéréotypes sont en effet un obstacle majeur quant à la compréhension mutuelle entre les peuples. C’est pourquoi le conseil de l’Europe a initié après la guerre une campagne de recherches ethno psychologiques auxquelles l’ “Association Européenne des Enseignants“ a pris une part active.

    L’histoire culturelle, musicale, littéraire des Allemands joue dans ce contexte un rôle de premier plan, car elle permet de contrebalancer, au moins en partie, le poids monstrueux des crimes nazis. Cela dit, la fâcheuse tendance des médias à ressasser les horreurs du Troisième Reich s’avère totalement négative. Pour beaucoup de nos citoyens l’Allemagne se résume surtout en casque à pointe et à la croix gammée.

    Bien peu d’entre eux sont comme Jean Bigot, qui considère l’Allemagne comme sa “vraie patrie“. Déclaration d’un luthérien mélomane que je comprends, mais je n’approuve pas entièrement, car son auteur oublie le lustre de notre propre culture classique et les influences réciproques entre nos deux pays.

    Aucun Français, un peu cultivé, ne peut rester insensible au rayonnement des villes comme Leipzig, Weimar, Iéna, Eisenach, où ont vécu beaucoup de grands génies de la musique, de la philosophie, de la littérature allemandes, voire mondiales.

    Mais tous ont été d’éminents représentants de la civilisation européenne.

    Autre sujet essentiel : la politique appliquée à la zone française d’occupation.  : J’ai fait moi-même la constatation suivante : Il y avait deux politiques, celle de l’ostracisme envers les vaincus et celle du rapprochement psychologique et culturel.

    Vos “Rencontres inoubliables“ montrent bien qu’il y a eu des tentatives d’intégration de la jeunesse lycéenne, dès la fin de 1945. La présence au Kurhaus de hautes personnalités françaises est ici hautement significative. Il s’agissait pour les esprits les plus lucides, d’éviter les erreurs de 1918. Il en est de même concernant la revue “esprit“ d’E. Mounier, de la création en août 1945 de la revue “Documents – Dokumente“ par le Père Jean du Rivau, de la constitution de 1948 du “comité d’échange“ avec la participation active de ces grands médiateurs que furent J. Rovan, Alfred Grosser, E.Vermeil, R Minder, M. Colleville et d’autres éminents germanistes que j’ai connus à Nancy et à la Sorbonne.

    A noter aussi le première rencontre d’écrivains français et allemands à Lahr en 1947. Or Lahr est, depuis 1962, la ville jumelle de Dole, et en outre la patrie Jean Ch. Moreau, que j’ai bien connu et qui a joué un rôle capital à Baden, puis à Mayence et à Bruxelles dans le rapprochement franco-allemand et la construction européenne.

 

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