Qui êtes-vous MKL ?

Qui êtes-vous MKL ?

    Pour lire la presse, il est nécessaire d’avoir sous la main le dictionnaire des sigles… pas un article n’est publié sans y lire : FNSEA, MEDEF, UNESCO… RTL, RMC, SWF (Südwestfunk)… pardon la SWR (Radiodiffusion du Sud-ouest), le service public audiovisuel pour les Länder de Bade-Wurtemberg et de Rhénanie-Palatinat.

   Depuis quelques temps plane sur nos parutions, gazette et site, les initiales “ MKL“, est-ce une nouvelle fréquence radio ?

     Nous n’en sommes pas loin, c’est une Dame qui incarne la culture française à Baden-Baden, très impliquée dans les activités du cercle franco-allemand de la cité. Une Dame qui ne cesse de faire rayonner le patrimoine littéraire Français de l’autre côté du Rhin. Beaucoup y verront le nom de Madeleine Klümper Lefebvre… que nous avons connue au travers d’un premier projet « À la recherche du triptyque de Jean-Pierre Ponelle » et bien entendu lors de notre recherche de témoignages pour notre ouvrage “ Rencontres inoubliables“.

  » Mais qui êtes-vous Madeleine Klümper-Lefebvre ?  »       Nous vous laissons la parole :

 

     Vous le voyez de suite à mon nom : je suis française de naissance. Mon père, Gaston Lefebvre était un chtimi qui est parti volontaire, la fleur au fusil, en 1914. Patriote, pas spécialement haineux, mais qui a cru, « comme tout le monde », qu’il fallait absolument délivrer cette belle Alsacienne des griffes des Prussiens.

   Il la délivra, cette belle Alsacienne, en 1918 à Niederbronn, après avoir passé quatre ans « dans la M… des tranchées », comme il se plaisait à répéter. Ce n’était plus pour la « délivrer », mais pour s’ouvrir à sa culture en grande partie germanique, car celle qui devint ma mère, cette jeune institutrice, Fräulein Salomé Dietz, devenue du jour au lendemain Mademoiselle Dietz, citoyenne française, était née en 1895 et donc obligatoirement allemande de naissance. 

   Madame Lefebvre-mère ne voulut tout d’abord pas de ce mariage avec « une boche ». Mais elle ne put résister longtemps à la gentillesse de cette jeune fille qui, de surcroît, parlait parfaitement le français, ayant fait ses études dans un pensionnat pour jeunes filles de Strasbourg, où, même à table, on ne parlait que français, et cela du temps de l’empire prussien ! 

   Les jeunes époux vécurent quelque temps à Wiesbaden, dans le cadre de l’occupation française. Ils partageaient avec une comtesse allemande un appartement luxueux, allaient au théâtre, au concert. Bref, la belle vie. Rentrés en France, ils eurent assez vite l’idée de quitter l’hexagone : le tiers colonial était tentant. Je suis née en Tunisie en 1931. 

    Mon père était devenu pacifiste. Il avait bien vite compris, dans l’horreur des tranchées, des villages brûlés, des morts déchiquetés, de la peur et des souffrances sans nombre qui régnaient, que la guerre était un fléau, que tuer n’était pas la solution et que ces soldats qui étaient de l’autre côté des barbelés étaient de « pauvres bougres » comme lui, qui n’aspiraient, tout comme lui, qu’à « sauver leur peau » !

   Voilà donc le climat moral dans lequel j’ai grandi. 

    J’ai vécu l’Occupation à Besançon de juin 1940 à septembre 1944. Je chantais, sans y penser, comme toutes mes copines, quand je voyais passer un régiment allemand marchant au pas de l’oie et chantant à tue-tête : « Alli allo, bandes de salauds ! »… On se questionnait, voulant parler de la version allemande : « t’as fait ton boche pour demain ? » 

    Nous écoutions Radio Londres « Les Français parlent aux Français », nous écoutions aussi Radio Paris. Et quand la radio de Londres transmettait la petite rengaine : « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand », mes parents disaient : « ils mentent tous, plus ou moins. » 

    L’étudiant allemand Günther Klümper était le correspondant de mon frère à partir du printemps 1949. Il avait fait la campagne de Russie dans sa dernière phase. Il avait eu une courte idylle platonique avec une jeune lycéenne russe. Ils savaient tous les deux quelques rudiments de français… J’ai correspondu durant deux ans avec lui. Il faisait des études de français à Münster. Dans nos lettres nous parlions surtout de nos lectures L’existentialisme était à l’ordre du jour. J’avais l’impression de bien le connaître quand nous avons su que nous nous aimions. Nous nous sommes mariés le jour de ses trente ans en avril 1953, à Ste Odile. Mon père a toujours aimé les symboles et quand notre fils Serge est né à Aix-la-Chapelle, mon père n’a pas omis de télégraphier : « Vive Charlemagne ! »

   Je possède les deux nationalités, de même que nos deux enfants et nos neuf petits-enfants. Nous vivons notre retraite à Baden-Baden depuis 1987. Et c’est ici que je me suis intéressée à cette première période de l’occupation française en Allemagne, y voyant une situation parallèle à celle que j’avais vécue de 1940 à 1944. 

    Je suis membre actif du cercle franco-allemand de cette ville et ce qui fait ma joie, c’est de travailler avec Günther, mon mari, à une compréhension plus approfondie de la langue, de la littérature et en général de la culture française. Voilà ! Vous savez tout… ou presque !    

    J’ai eu le plaisir, il y a quelques jours, d’entendre un exposé de Nicolas Moll – de père allemand et de mère française – docteur en histoire. 

    Son propos était de nous présenter son travail dans le cadre de l’OFAJ, l’Office Franco-allemand pour la Jeunesse, dans les pays de l’Europe du Sud-est.

   La question qui était posée était de savoir si la coopération franco-allemande pouvait contribuer à la construction européenne et à des processus de réconciliation dans d’autres pays. 

    Pour Nicolas Moll, il pourrait s’agir en effet, non d’un modèle, mais d’une motivation. 

    Ce qui m’a particulièrement intéressée dans ce contexte, ce furent quelques réflexions de jeunes participants à des visites et à des séminaires. J’en ai noté deux qui me semblent souligner, s’il en était encore besoin, le but poursuivi dans notre travail : 

« L’histoire franco-allemande nous offre un exemple de réconciliation possible entre deux peuples, même après tant de souffrances et de haine… »

« L’histoire franco-allemande nous montre comment les préjugés peuvent être surmontés »

 MKL pardon !!!     Madeleine Klümper-Lefebvre (extrait de “Rencontres inoubliables“)

     Rappelez-vous que MKL a été nommée Membre d’Honneur de notre association « Anciens du Lycée Charles de Gaulle à Baden-Baden »  et vous invite le 24 mars 2015 à sa conférence littéraire sur Patrick Modiano…  

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