M.Marc Blanquet

      Plus noir est un terreau, plus fertile il se révèle… L’occupation française d’une Allemagne vaincue pouvait ne pas apparaître comme le meilleur support pour générer une entente, voire une amitié ou des amours transnationales. Et pourtant…

     La période a incontestablement ses côtés noirs et l’ouvrage dirigé par Madeleine Klümper-Lefebvre ne les cache pas. On y croise des témoignages « de grande animosité des Français à l’égard des Allemands », quelques jets de pierre entre les deux parties d’une cour de récréation séparées par une frontière étanche, et même une obligation faite aux Allemands de changer de trottoir au croisement de Français qui rappelle les pires heures de l’apartheid.

         Marc Blanquet et Pierre Yves Le Borgn’

   Mais ces « rencontres inoubliables » sont celles de jeunes gens, commençant leur vie, et si cela donne une merveilleuse fraicheur à l’ouvrage, cela prouve aussi que cette jeunesse peut venir à bout de quelques terribles souvenirs pas moins inoubliables eux aussi et de tous les préjugés nés d’une guerre horrible.

     La période des années 50 est celle de la naissance de l’Europe que nous connaissons et le témoignage de ce livre est d’autant plus précieux que cette Europe intégrée, « communautaire », fut, on l’oublie trop souvent, une proposition française faite, un 9 mai 1950, à l’Allemagne, les autres Etats européens pouvant simplement se joindre à cette entreprise avant tout franco-allemande, donc. Tous ces exemples d’amitiés durables, et de quelques mariages entre les jeunes Français et jeunes Allemands que ces tristes circonstances avaient rapprochés accompagnent donc les débuts de l’Europe. Walter écrit d’ailleurs : « Nous sommes devenus Européens »…

     Au-delà de la valeur des témoignages, comment ne pas saluer les qualités de l’ouvrage lui-même ? Les Professeurs de français du Lycée Charles de Gaulle de Baden-Baden devaient être des pédagogues remarquables tant tous ces textes sont plaisamment écrits. La « voix off » de Madeleine Klümper-Lefebvre permet de les lier en un ensemble cohérent qui se lit avec jubilation. Au hasard de ces « rencontres », on croise Jean Monnet, Robert Schumann, le Général Massu (le tennisman bien connu) ou encore… Jean-Claude Brialy.

     Témoignages bienvenus sur une période finalement mal connue, ces textes montrent surtout une génération de jeunes Européens qui ont su relever et « faire » l’Europe. Est-ce que cette Europe fait encore rêver les jeunes ? Espérons-le…

                        Marc BLANQUET

   Professeur à l’Université Toulouse 1 Capitole

       Chaire Jean Monnet ad personam

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