la Solitude mémorielle

    Il y a quelques semaines, Yvette Bö-Kaiser publia un article sur « Quartier perdu » de Patrick Modiano, que vous pouvez relire en cliquant sur la vignette « Baden » dans le bas de l’écran.

    A une certaine question, nous attendions une éventuelle réponse dans la conférence littéraire de Madeleine Klümper-lefebvre, qui a eu lieu le 23 mars 2015 à la bibliothèque de Baden-Baden…

    Vous trouverez ci dessous le compte-rendu de cet exposé, rédigé par Madame Jeanne Moll-Carré, du cercle franco-allemand de Baden.

    Remercions cette dame de l’avoir rédigé dans la langue de Molière.

(Cet article est extrait du site du cercle franco-allemand de Baden que vous pouvez visiter en cliquant sur  l’onglet « TOUS NOS LIENS » à droite de l’écran)

Patrick Modiano – ou la Solitude mémorielle

Bericht: Jeanne Moll

    L’enfance du romancier français Patrick Modiano, né au lendemain de la seconde guerre mondiale, à Paris, a une part essentielle dans son abondante oeuvre littéraire, couronnée en 2014 par le Prix Nobel de littérature.  C’est ce qu’a montré,  avec la ferveur que nous lui connaissons, Madeleine Klümper-Lefebvre, au Gartenhaus de la bibliothèque.

    L’enfance, la matrice de l’oeuvre, avec son poids de solitude et d’angoisse, et, plus avant la période sombre et trouble de l’Occupation. Patrick Modiano ne l’a pas connue mais c’est l’époque où son père, personnage énigmatique, d’ascendance italo-grecque, mène une vie clandestine et dissimule son identité juive, se livrant à toutes sortes de trafics qui continuent après la guerre. Sa mère, belge flamande et comédienne, trouve des engagements à Paris et n’a pas le temps d’éduquer ses deux fils qu’elle confie d’abord à ses propres parents.

    L’absence presque continuelle des parents pèse durablement sur l’enfant, et ce d’autant plus douloureusement que son jeune frère meurt à l’âge de dix ans d’une leucémie. Après cet événement tragique, la vie en internat accentue la solitude du jeune Patrick Modiano qui se sent mal aimé, dans un monde d’indifférence. Et s’il écrit, dira-t-il plus tard, c’est „pour échapper à ses souvenirs lancinants“.

    Son premier roman, La place de l’Etoile, publié en 1968 – il n’ a que 23 ans – lui vaut immédiatement un succès fulgurant. L’action a lieu à Paris où se situent tous ses romans et si le titre évoque la place mythique en haut des Champs-Elysées, elle indique aussi la place du coeur où les Juifs devaient porter l’étoile jaune sur leur vêtement. Le deuxième roman, déroutant et cruel, La ronde de nuit est publié  un an plus tard, puis Les Boulevards de ceinture en 1972, où l’auteur semble partir en quête du père. En 1978, Rue des boutiques obscures, autre roman de la mémoire, obtient le Prix Goncourt. Un pedigree, véritable autobiographie qui donne des réponses à maintes questions, paraît en 2005. En 2010, Patrick Modiano en est à son 24ème roman, L’horizon. C’est un roman noir où, entre passé et présent, entre la jeunesse et la soixantaine, vers l’avenir et l’horizon inatteignable, il ne se passe presque rien, mais où l’angoisse plane et où le narrateur se pose constamment des questions. Le dernier ouvrage, publié en 2014, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, relève de cette même veine avec son titre étrange, comme une phrase dite à un enfant.

    De livre en livre, Patrick Modiano s’adonne à une sorte de rêverie dans un temps qui entremêle le passé et le présent. Veut-il se faire le détective du passé qu’il ne cesse d’arpenter  pour explorer la mémoire familiale et reconstruire son enfance en allée?

    La sympathie de Madeleine Klümper-Lefebvre pour ce romancier prolixe et déconcertant qui aurait voulu écrire des romans policiers était tangible. Nous lui savons gré d’avoir présenté avec beaucoup de sensibilité à ses auditeurs ce romancier du clair-obscur qui évoque des personnages étranges, irréels, comme des ombres évoluant dans un climat de désarroi et d’incertitudes.

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