Histoire d’hier et d’aujourd’hui

    Josette Wisman, Doctor emerita à l’American University, a passé une partie de son enfance  à Freibourg. Elle fut impressionnée par le  flux de migrants d’après guerre et nous confie quelques réflexions sur ses souvenirs et ses recherches :

        Je me souviens d’avoir vu avant 1949 des gens vivre sous des bâches près du viaduc de la gare. Richard Bessel explique que pour les    Allemands d’après-guerre :

   La gare était devenue le centre névralgique de leur existence misérable, transitoire et provisoire : un endroit où, en dépit de l’effondrement des transports ferroviaires au printemps 1945, les réfugiés arrivaient, des notes étaient laissées par ceux qui cherchaient des membres de leurs familles perdus, et où le marché noir fleurissait. Tout un pays semblait attendre un train : un train qui leur ramènerait leurs familles, un train qui leur permettrait de rentrer chez eux. (Ma traduction)

        Ce que j’ai vu, c’était ça, des personnes déplacées (D.P.), des expulsés et des réfugiés. Les expulsés devaient peut-être être des Allemands de l’Est qui avaient fui vers l’Ouest avant l’arrivée des troupes soviétiques au début de 1945, et à partir de fin 1945 les Allemands qu’on avait chassés des pays où ils avaient été une minorité pendant des siècles, les Volksdeutsche comme on les appelait, et cet exil était dû aux exigences de Staline — et les Américains et les Anglais ont laissé faire — et aux Polonais, aux Tchécoslovaques, et aux Hongrois, aux Roumains, en particulier ; enfin il y avait les Allemands qui fuyaient la zone soviétique. On estime que plus d’un million et demi de ces Allemands, dont la plupart était des femmes et des enfants, sont morts dans ces transits. On écrit beaucoup de nos jours sur ce sujet resté tabou pendant longtemps, comme dans les livres de Keith Lowe, The Savage Continent et R. M. Douglas, Orderly and Humane en particulier. Joseph Rovan, lui, a écrit que:

   La plus grave des décisions prises à Postdam […] fut l’accord donné par les Anglo-saxons à l’expulsion des populations allemandes des provinces prussiennes de l’Est […] On estime qu’au cours de l’automne-hiver 1945 quelque 8 millions de femmes, d’enfants et de vieillards avaient quitté leur pays pour se retrouver « refugiés » mal vus et pas très bien traités dans les villages de la zone anglaise et américaine. Les Français eux, fermaient leur zone devant cet afflux, ayant déjà du mal à en tirer de quoi se nourrir eux-mêmes […] A eux s’ajoutèrent les 3 millions d’expulsés de Tchécoslovaquie, de Pologne, de Hongrie, etc.… en tout 13 millions […] Jamais depuis que les Assyriens avaient déménagé des peuples entiers sur leur immense empire, une telle migration n’avait jeté sur les routes et fixé en terre lointaine des foules aussi énormes.

Dr. Josette A. Wisman

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