L’heure zéro

     Au début de l’année 2015, Madeleine Klümper-Lefebvre, Membre d’Honneur de notre Association, confrontée depuis la guerre à la culture allemande, fit un exposé au cercle franco-allemande de Baden-Baden sur les premiers moments de la cohabitation franco-allemande. Madeleine analyse avec objectivité la situation de nos deux pays sur les plans économiques, politiques et culturels.  Au travers de son exposé :

 » L’heure zéro « 

     La France sortait difficilement par le haut de ce conflit, épuisée, pillée, en partie détruite… elle se retrouvait à la tête d’une zone d’occupation, qui était un champ de ruines, avec une population affamée, des structures politiques et administratives liquéfiées et sans grands moyens pour la gérer.

    La tentation était de faire subir la loi du talion… Des esprits clairvoyants eurent le courage d’orienter la France vers la politique de la main tendue… un nouveau souffle culturel balaya l’Allemagne… L’apprentissage de la démocratie fut entrepris… l’administration et l’enseignement furent progressivement remis sur pied. Les Allemands qui avaient été privés de toutes libertés culturelles et politiques accueillirent avec soulagement ce nouvel ordre.

     Les arts et les lettres ont été l’un des fers de lance de la reconstruction de nos relations, timides et méfiantes dans un premier temps… devenues respectueuses… puis spontanément partagée dans une vision constructive et amicale de notre avenir.

     Il nous faut remercier tous ceux qui, d’un côté et de l’autre du Rhin, ont été le ferment de notre Europe d’aujourd’hui.                                                                                                                            JP Bénaut

 » L’heure zéro « 

Ou le moment entre l’effondrement de l’ordre national-socialiste et le début d’un nouvel ordre, établi par les pouvoirs d’occupation.

Période de fin et de début

Renaissance culturelle après la défaite allemande de 1945 à Baden-Baden.

   Lors de la Conférence de Yalta (du 4 au 11 février 1945) aucune zone d’occupation n’était prévue pour la France.   Ce n’est que grâce à l’obstination du général de Gaulle que nous fut finalement octroyée une zone d’occupation en Allemagne.

Juin 1940 – mai 1945

   Cinq années, presque jour pour jour, se sont passées entre ces deux dates, et nous nous trouvons dans deux situations similaires, la première fois à l’ouest et la deuxième fois à l’est du Rhin. Situations similaires, et pourtant combien différentes !

   En 1940, la France avait été envahie durant une guerre éclair. Les troupes du Reich occupèrent en quelques semaines la moitié du territoire français. Le maréchal Pétain avait proclamé « l’Etat français » à Vichy. La France était en partie prête à collaborer. Le général de Gaulle appela à la Résistance. Le gouvernement allemand voulut réorganiser la vie culturelle dans le territoire occupé, et particulièrement la presse, le théâtre, la littérature devaient être placés sous contrôle.

   Les écoles et les universités devaient à nouveau ouvrir leurs portes en octobre, de nouveaux manuels scolaires devaient être édités, il s’agissait d’influencer rapidement l’opinion publique dans le sens de l’idéologie nazie.

   La France, en juin 1940 avait certes été vaincue militairement, mais possédait encore une alliée, la Grande Bretagne, et il semblait probable que les Etats-Unis entreraient un jour en guerre aux côtés de la France.

   Le pays n’était de loin pas aussi détruit que l’Allemagne de 1945 et son économie n’était pas non plus au point mort.

   L’Allemagne, elle, avait perdu tous ses alliés, les troupes ennemies avaient envahi de toutes parts son territoire en ruines. La population allemande se trouvait, après ce total effondrement et à la suite d’un endoctrinement politique délétère, quasi dans un ghetto culturel.

   Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est le fossé existant après mai 1945 entre la misère matérielle de la population allemande et son appétit de nourritures intellectuelles.

   Tentons de voir à présent les possibilités offertes à cette population dans la zone d’occupation française et plus spécialement à Baden-Baden.

   Les Français ne considérèrent tout d’abord, et cela bien légitimement, que leurs intérêts propres et menèrent une politique de réparations. Nous ne pouvons nier également que des sentiments de vengeance se mêlaient à cette politique.

   Les troupes françaises ne fraternisaient pas avec la population allemande, Les piscines, par exemple, avaient des horaires différents pour les Français et les Allemands. Voir ma nouvelle “Le trottoir“. Certains officiers français affichaient une attitude arrogante. Des textes d’auteurs français nous donnent des exemples probants.

   Je citerais ici : “La fantaisie du voyageur“ de François Régis Bastide, écrivain, diplomate stationné à Saarbruck, “Un amour allemand“ de Georges Auclair, journaliste, écrivain, professeur de littérature, ancien Résistant stationné à Baden- Baden de 1945 à 46, “Un héros très discret“ de Jean-François Deniau, diplomate, écrivain, membre du parlement européen et “L’Amour là-bas en Allemagne“ de Catherine Paysan, institutrice de 1946 à 48 à Spire.

    Je voudrais également citer le livre de mon ami, Klaus Fischer, coauteur de notre ouvrage “Rencontres inoubliables“, son livre ayant pour titre “Die lächelnde Stadt“ (La ville qui vous sourit).

      Baden-Baden est une des rares villes qui n’ont pas été détruites par les bombardements alliés. Sa situation n’était pourtant alors guère enviable et l’arrivée des Français ne fut pas tout d’ abord vécue, à de rares exceptions près, comme une libération mais bien comme une occupation, nous dit Achim Reimer dans son ouvrage intitulé “Stadt zwischen zwei Demokratien “ (Une ville entre deux démocraties).

    Le Gouvernement militaire réquisitionna tous les hôtels et au moins la moitié des logements. La situation, déjà critique au départ par le flux des réfugiés qui avaient fui les villes bombardées, devint insupportable pour la population quand les militaires français en stationnement firent venir leurs familles en grand nombre. Considérons que le nombre de Français passa de 14.000 en 1945, à 44.000 en 1946 ! (La construction des cités-cadres à partir de 1951 mit fin à cette situation intenable.)

   La pénurie de nourriture après celle du logement, fut un autre problème. Le minimum vital était loin d’être atteint. “La différence entre les rations octroyées aux Allemands et celles que recevaient les occupants était grotesque et provoqua une amertume grandissante dans la population“ écrit l’écrivain francophile Otto Flake.

    Notre coauteur Klaus Fischer qui a vécu cette période en tant qu’adolescent nous rappelle : “Les habitants de la ville avaient incorporé trois substantifs dans leur vocabulaire : réquisitions, confiscations, démontage“.

    L’hiver 1945 fut catastrophique, la population mourrait littéralement de faim.

    “Mais finalement, nous, en France, durant l’Occupation, n’avions-nous pas eu faim aussi ? Et les Allemands, n’étaient-ils pas la cause première de toute cette misère ? Et nous, en France, et cela malgré la victoire finale, ne souffrions-nous pas encore de restrictions ?“

    Ces arguments d’alors, émis par nos compatriotes, nous ne pouvons que les comprendre… sinon les approuver.

    Les sentiments de vengeance, pourtant, laissèrent bientôt la place à une politique plus intelligente : il s’agissait, en effet, de permettre à la population allemande de survivre, et ensuite de l’aider à redevenir elle-même.

    Ce à quoi il fallait s’attendre : Des rapports s’établirent bientôt entre Français et Allemands, rapports facilités par la cohabitation, les Allemands pouvant assez souvent occuper encore une ou deux pièces de leur logement.

    Des élèves allemands furent invités à suivre les cours du lycée français, ce qui fut le cas pour notre ami Klaus Fischer.

    De plus la politique culturelle du gouvernement militaire s’était bien vite mise en place. Il s’agissait de rééduquer l’Allemagne, c’est-à-dire de l’orienter vers des pratiques morales et politiques qui soient de nature à modifier profondément sa mentalité, à la guérir de la folie pangermaniste, à lui rendre le sens vrai des choses et de la vie.

     La France a toujours réservé une importance politique considérable à sa langue et à sa culture. Pour ne remonter que jusqu’au XVIIe siècle, pensons à la politique de Mazarin vis à vis des provinces conquises. A Baden-Baden, le quotidien local put de nouveau paraître, sous censure, au mois d’août, bien qu’à seulement deux exemplaires par semaine, vu le manque de papier. Les établissements scolaires rouvrirent leurs portes en octobre. Il y eu bientôt des conférences, des concerts, le théâtre reprit ses activités. On pouvait ainsi momentanément faire abstraction de la misère actuelle.

   Je tiens ici à souligner la différence fondamentale existant entre la politique culturelle de l’Allemagne nazie en France durant les années de l’Occupation et celle des Alliés et plus particulièrement celle de la France en Allemagne après 1945.

    En effet, durant ces années “sombres“ comme nous les nommons, la politique du Reich tendait à faire de la France un état satellite et avait pour but de gagner la population à l’idéologie nationale-socialiste.

    La politique française, elle, avait pour but de faire des Allemands de bons démocrates. Le gouvernement français visait ainsi à éliminer chez nos deux peuples tout sentiment de revanche.

    Cette intelligente politique avait déjà été projetée durant la guerre, alors que la défaite allemande n’était pas encore vraiment prévisible.

    En effet, des germanistes, qui ne considéraient pas seulement leur matière des points de vue langagier et littéraire, mais se penchaient spécialement sur le concept de “Civilisation allemande“, je pense ici particulièrement à Edmond Vermeil (1878-1964) qui avait rejoint le général de Gaulle à Londres et appartenait à plusieurs commissions, réfléchirent à la façon dont nous devrions mener notre politique lors d’une, pour eux déjà probable, occupation d’une Allemagne vaincue. C’est ainsi qu’on en vint alors à la conclusion qu’il ne fallait surtout pas répéter les erreurs de 1918 !                                                                                

   Nous voilà donc en 1945. Après sa capitulation sans conditions, l’Allemagne est totalement déstabilisée. On pourrait penser que dans ce contexte chaotique la vie culturelle ne pourrait jouer qu’un rôle bien mineur. Ce ne fut pourtant pas le cas. Bien au contraire : la soif de culture était immense ! Après ces douze longues années durant lesquelles le pays fut coupé culturellement du reste du monde, le besoin de savoir ce qui s’était passé ailleurs dans le monde des idées était colossal ! On voulait recommencer à penser par soi-même, on voulait repartir à zéro.

    La conjonction était donc parfaite entre le projet politique français et la soif de culture des Allemands. On avait un objectif commun, comme le décrivit parfaitement le juriste et diplomate viennois Paul Hartig dans les “Berliner Heften“ (les Cahiers berlinois), pensant que dans le contexte actuel où l’Allemagne s’éveille à nouveau à une vie intellectuelle, il est important qu’elle se construise une nouvelle “Weltbild “ (Vue sur le monde… philosophie) et s’ouvre à la culture française. L’Allemagne devait être consciente du fait qu’elle avait un besoin urgent de cette aide de l’extérieur.

   La politique culturelle de la France se déploya dans de nombreux secteurs : je nommerais ici les nombreuses traductions d’œuvres littéraires contemporaines, les représentations théâtrales avec des artistes de la capitale, par exemple la pièce de Sartre qui traite de la faute collective “Les Mouches“, les projections de films.

    La remise en marche du système scolaire était de la plus grande importance, car comme l’exprima le romaniste suisse Joseph Hurt, ce serait par le biais de la jeunesse que l’Allemagne trouverait sa voie vers la démocratie.

    Pierre Grappin, Emile Laffon sont dans ce contexte des noms de germanistes français qui s’activèrent à cette tâche, énergiquement soutenus par le général Raymond Schmittlein (1904-1974), germaniste ayant passé une partie de sa jeunesse à Mayence et qui avait épousé une Allemande.

    Il fallut concevoir de nouveaux manuels, les élèves devaient apprendre à développer une pensée indépendante et personnelle, il fallait également développer la pratique de la discussion, parfois échanger d’anciens enseignants encore attachés au système et à l’idéologie nazis. Pourtant Schmittlein refusait de restructurer le système allemand sur le modèle du système français.

     La situation politique de la zone française évolua quand fut fondée la RFA. L’Europe se trouva bientôt divisée en deux camps et les systèmes d’enseignement et de dénazification étaient différents si l’on passait d’une zone à une autre.

    Il va de soi qu’en zone d’occupation française la littérature et la philosophie d’essence française furent privilégiées. Malgré les difficultés existantes -traductions encore assez rares, mauvaise qualité d’un papier difficile à se procurer- il fut déjà possible en 1947 de mettre 574 000 livres sur le marché. Les journaux et les magazines, moins coûteux que les livres, envahirent bientôt les libraires. On rit bientôt à propos de ce « paysage « de cette “marée envahissante“ de revues de toutes sortes, on en fit des vers et des couplets gentiment satiriques.

      Les revues imprimées en France ayant été tout d’abord interdites de vente outre-Rhin, le Père Jésuite Jean du Rivau eut l’idée de faire paraître deux revues parallèles, l’une dénommée “Dokumente“ était en allemand, l’autre “Documents“ reproduisait les articles en français.

      Le premier numéro de “Dokumente parut en août 1945. Ces deux revues avaient pour but de donner des informations sur la France aux Allemands, et aux Français des informations sur l’Allemagne. Elles devaient poser les premières bases intellectuelles d’un avenir commun au sein d’une Europe à venir. Il y eu en 1947 et 48 un tirage de 65.000 exemplaires en Allemagne. Le tirage en France se montait à… 5.000. A présent et cela depuis 2010 “Dokumente et “Documentsforment une seule revue, bilingue, un dialogue constructif. Son siège est à Bonn.

    La revue “Lancelot“ doit également le jour à une personne privée : Jacqueline Grappin. Son mari avait fait paraître en 1945 un écrit intitulé  Que faire de l’Allemagne ?, dans lequel il exprimait déjà ce que le Général de Gaulle lança en 1946 : “Les Allemands sont un grand peuple… mais… que devons-nous en faire ?“

   “Lancelot“ ou “le Messager, rappelle les chevaliers de la Table ronde et souligne par là notre communauté culturelle. La vignette sur la première de couverture montre un chevalier sur le point de sauter par-dessus un abîme. Son épée est dans son fourreau, il tient une clé à la main. Aragon écrivit au sujet de cette revue : “J’aime que ce message de la France porte le nom de “Lancelot. parce que Lancelot du lac est l’image la plus pure de la chevalerie de France, de cet esprit de générosité qui s’oppose à la morale des maîtres, à la loi des seigneurs de la tradition germanique, codifiée par les nazis.

    Les articles de “Lancelot“ sont des traductions d’articles parus dans des revues françaises. Alfred Döblin, cet émigré allemand naturalisé Français voulant également œuvrer à la rééducation politique des Allemands, fit paraître une autre revue à partir d’octobre 1946 : “Das Goldene Tor“ (le golden Gate), revue de littérature et d’art. Il était alors chargé de mission à la Direction de l’Education Publique. Il a également été très actif lors de la fondation de la radio SWR.

    Je dois également nommer la revue “Verger“, Revue du spectacle et des Lettres, fondée en 1947 par l’écrivain et poète Luc Bérimont (1915-1983). Certains de ses poèmes mis plus tard en chansons par Léo Ferré se trouvent dans cette revue. Dans le numéro du mois d’avril 1947, je lis : “L’air de Baden est aujourd’hui ce qu’il a toujours été, “noble et parfaitement sain“ ainsi que le notait Musset…“

    Le nom de la revue “Verger“ fait allusion à Rainer Maria Rilke qui avait composé pour son recueil de poèmes français, la poésie ayant pour titre “Verger“. La dernière revue dont je veux vous parler fut également fondée en 1947 par notre ami Wolfgang Amadeus Peters francophile et romaniste (1923-2002). Elle a pour nom “Die Quelle“ (La source). C’est une revue qui met principalement l’accent sur le théâtre et le cinéma français. Les articles de revues françaises sont traduits en allemand.

    Ce que je nommerais la devise de la revue, c’est le poème de Conrad Ferdinand Meyer “Der römische Brunnen“ qui décrit la fontaine aux trois vasques de la villa Borghese, la fameuse “fontana dei cavali marini“ mais qui pourrait être aussi bien une description de la fontaine aux trois vasques de l’Hôtel “Badischer Hof“ qui est devenue l’emblème de notre ville. Dans l’esprit de Wolfgang Amadeus Peters, cette eau qui jaillit dans la vasque supérieure pour ensuite couler dans la vasque qui se trouve sous elle, puis passer dans la troisième vasque pour ensuite remonter dans la première, et refaire le même trajet d’une vasque à l’autre, cette eau est le symbole du « donner et du prendre », c’est-à-dire des échanges culturels entre nos deux pays.

   Le gouvernement militaire avait déjà au début de l’été 1945 compris qu’il était de la plus grande importance de réorganiser les stations de radio de la région. Les émissions ne devaient pas seulement apporter de la distraction dans les ménages mais transmettre des émissions culturelles de haut niveau.

    La station SWF du nom de “Radio Baden-Baden“ débuta son premier programme le 31 mars 1946. Les studios se trouvaient dans différents hôtels de la ville et étaient contrôlés par le ministère français de l’Information. Alfred Döblin présidait une émission intitulée “Critique de l’époque“, Gerhard Heller qui avait été durant l’Occupation le censeur francophile que nous savons, celui qui avait eu le courage d’apposer son cachet de “bon à imprimer“ sur des œuvres d’auteurs qu’il savait être Résistants comme Aragon et Camus, y tint des conférences culturelles, et il y eu une émission quotidienne venant directement de Paris : “La France parle au peuple allemand“.

    Les plus petits n’étaient pas oubliés et les concours organisés à leur intention avaient un grand succès avec rarement moins de 30.000 réponses.

    Le « petit Théâtre » n’était pas en reste : en 1946, par exemple, nous pouvions voir côte à côte sur son programme “Kabale und Liebe“ de Schiller et “Antigone“ d’Anouilh.

    Je n’oublierai pas non plus de citer une exposition au Kurhaus en mai 1946 et qui avait pour titre “La France et le pays de Bade 1660- 1860“, avec pour conclusion : “Nous avons bien des raisons de nous estimer réciproquement et de nous comprendre.

      Et voici pour conclure ce bref aperçu de la question un article de Jean-Paul Sartre à propos de sa pièce “Les Mouches“ représentée en Allemagne en 1947 :

   “Après notre défaite en 1940, trop de Français s’abandonnaient au découragement ou laissaient s’installer en eux le remords.

    J’ai écrit “Les Mouches“ et j’ai essayé de montrer que le remords n’était pas l’attitude que les Français devaient choisir après l’effondrement militaire de notre pays. Notre passé n’était plus. Il avait coulé entre nos mains sans que nous ayons le temps de le saisir, de le tenir sous notre regard pour le comprendre.

    Mais l’avenir – bien qu’une armée ennemie occupât la France- était neuf. Nous avions pris sur lui, nous étions libres d’en faire un avenir de vaincus ou – au contraire- d’hommes libres qui se refusent à croire qu’une défaite marque la fin de tout ce qui donne envie de vivre une vie d’homme.

    Aujourd’hui, pour les Allemands, le problème est le même. Pour les Allemands aussi je crois que le remords est stérile. Je ne veux pas dire que le souvenir des fautes du passé doit s’effacer de leur mémoire. Non. Mais je suis convaincu que ce n’est pas un remord complaisant qui leur fera obtenir le pardon que peut leur accorder le monde.

    Ce sera un engagement total et sincère dans un avenir de liberté et de travail – un désir ferme de bâtir cet avenir – la présence parmi eux du plus grand nombre possible d’hommes de bonne volonté.

    Puisse cette pièce non point les guider vers cet avenir, mais les encourager à l’atteindre.“

                                                            Madeleine Klümper-Lefebvre  Fev. 20015

Une réflexion au sujet de « L’heure zéro »

  1. Merci pour ce très intéressant article. J’ai donc pu lire les œuvres que vous citez ou nous pouvons voir l’attitude parfois arrogante des officiers français en Allemagne en 1945. La belle œuvre de Catherine Paysan, elle, montre l’antipathie de certains Allemands envers les occupants.
    Merci de nous donner les titres de revues parues très tôt pendant l’occupation, elles sont parfois difficiles à trouver dans les bibliothèques en dehors de l’Allemagne.
    Le titre de votre article pose, comme vous le savez, problème (pour une de ses définitions, voir Weizsaecker). Un récent article discute de cette problématique: http://www.sens-public.org/article914.html?lang=fr

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