Une page d’histoire

Achern 1946

     En août 2010, je vous ai parlé d’Achern Illenau dans l’article « La folie des hommes », cette ville, dans la ville d’Achern, abrita un hôpital psychiatrique de renommée internationale de 1842 à 1941, date à laquelle les 300 patients furent exterminés dans le cadre de l’opération T4 mandatée par Hitler. Illenau fût alors reconverti en « Lenbensborn ». Dernièrement en feuilletant une revue des T.O.A. de 1946, j’ai retrouvé deux témoignages dont je tiens à vous faire part, cela donnera à tous les anciens d’Achern un éclairage que certains ignorent peut-être. En janvier 1945 durant la bataille d’Alsace et la réduction de la poche de Colmar, le P.C. allemand du général  Von Mauer était installé à Achern… Plus précisément à Illenau :

    « Non tout n’est pas fini. Le Général von Mauer tient à se justifier de sa rodomontade. Ancré dans son espoir, il exige de voir flotter la croix gammée au sommet de la flèche de la cathédrale de Strasbourg. A son Quartier Général d’Achern, il s’impatiente, gourmande et presse tous ses sous-ordres. Il faut continuer d’attaquer, il faut passer coûte que coûte ! Être bouclé à Gambsheim, bouclé à Krafft, c’en est trop ! qu’on force les passages de l’Ill ! »

    Illenau s’était encore distingué en étant le Quartier Général allemand de ce champ de bataille. Un autre témoignage révéla qu’Illenau avait non seulement été un « Lebensborn » mais aussi un centre de formation des jeunesses hitlériennes. Après la libération l’École Interarmes de Perfectionnement d’Officiers s’y installa :

    Le 14 février 1946, Le Général d’Armée de Lattre de Tassigny, Inspecteur général de l’Armée, Chef d’état-major général écrivait :

    « Larmée française doit représenter par ses cadres la synthèse de toutes les volontés et de toutes les ardeurs qui ont permis la victoire. »

    « Les Officiers qui l’encadrent viennent de tous les horizons. Ils s’honorent de compter parmi eux les meilleurs de la résistance et du maquis. C’est particulièrement vers ces Officiers, anciens des Forces Françaises de l’Intérieur, que va la sollicitude du Commandement »

    « Les qualités dont ils font preuve : Patriotisme, bravoure, caractère, vigueur physique et morale, jointes à la jeunesse et à la souplesse de leurs conceptions, sont des apports précieux à l’œuvre de rénovation actuelle. Il importe de les utiliser au maximum… »

    Le Général de Lattre de Tassigny décidait en conséquence de créer à l’échelon national deux écoles de perfectionnement pour les Officiers provenant des F.F.I., l’une à Aix-en-Provence, l’autre à Achern, en territoire allemand occupé par la France…

… Le 14 mars 1946, le Général de Lattre de Tassigny désignait le Colonel Petit pour prendre le commandement de l’École Interarmes de Perfectionnement d’Officiers d’Achern…

    L’ancienne école des jeunesses hitlériennes d’Illenau accolée à la ville d’Achern, légèrement en retrait de la grande voie de la rive droite du Rhin qui court de la Suisse à la mer du Nord, à 24 km au sud de Baden, lui parut l’emplacement idéal. Vastes bâtiments édifiés dans un cadre de verdure, au pied des premiers contreforts de la Forêt-Noire…

    … Présence également de la grandeur et de la gloire françaises, à 1 kilomètre de ce lieu, le tertre de Sasbach. Là, le 27 juillet 1657, tombait à l’ennemi le Maréchal Général Vicomte de Turenne. Un obélisque de granit perpétue le souvenir. C’est dans l’ombre de ce grand homme que devait naître l’école.

    Un travail acharné qui dura tout l’hiver vint à bout des difficultés sans nombre : tout était à reconstruire, tout était à créer, car, hormis les murs des vastes bâtiments, il ne restait de l’ensemble qu’un amas de débris, de décombres et d’ordures : la guerre était passée par là.

    Mais avec l’appui total du Général de Monsabert, Commandant supérieur des T.O.A., puissamment secondé par le Génie et les services des T.O.A., le Colonel Petit put achever pour le printemps l’œuvre qu’il avait entreprise dans les boues de l’hiver : il s’appuyait sur une modeste équipe de pionniers fidèles de la première heure, qui, comme lui, avaient puisé leur foi dans le Val de Plombières et sur les coteaux de Rouffach… Le 1er mai 1946, l’École ouvrait  ses portes.

    Arrivent de France, d’outre-mer, d’Autriche, d’Allemagne, 300 Officiers, Sous-lieutenants, Lieutenants et Capitaines ; leur recrutement s’est élargi : la majorité vient du Maquis et de la résistance. Mais se joignent à ces derniers : Saint-cyriens, Maixentais, voire même artilleurs, sapeurs ou « tringlots ». Ce sont des Officiers issus de nos grandes écoles qui ont subi la longue passion des camps de barbelés l’angoisse pire encore, des Dachau ou des Buchenwald, engerbant des martyrs. Ils ont depuis cinq ans perdu contact.

    Achern sera pour eux le havre, le creuset toutes les énergies latentes pourront éclore à nouveau, tous les espoirs seront permis.

    Pour tous, dès l’arrivée c’est le « choc » favorable : un cadre clair enfoui dans la verdure, dominé par la masse sombre du Hornisgrinde.

    Une architecture aux lignes droites et dégagées, des teintes ocre lavé et rouille, rehaussées de blanc ; pelouses drues, carrées et vertes. Allées aux arbres forts. Pistes et terrains de sport larges et nets.

    Des intérieurs assortis à la façade : chambres individuelles, salles d’études et de cours, cinéma, salle à manger et foyers, aux mobiliers pratiques et coquets, que les artisans de la Forêt-Noire ont sciés, sculptés et peints tout l’hiver…

    Les Chefs de l’Armée nouvelle doivent être des Chefs de qualité supérieure… Une sorte d’Université militaire pour Officiers, ‘officier sera vraiment traité en officier.                                                                                    

 Extrait de la Revue des T.O.A.  1946

 


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