Souvenirs d’un ancien

Correspondance avec Jacques Grandclaude

    Au travers de deux articles, je vous ai déjà parlé de Jacques Grandclaude, ancien élève du lycée Charles de Gaulle à Baden-Baden. C’est un exercice difficile de parler d’un camarade découvert depuis peu, que je n’ai jamais rencontré, mais avec lequel les échanges de courriers ont été très intenses. Je vais tenter de lui poser les questions les plus pertinentes :

    Jean-Pierre Bénaut :   Voici bientôt 3 ans que le site nous a mis en relation. Tu as quitté Baden-Baden alors que j’y arrivais en 1951. Nous ne nous sommes jamais croisés et cependant nous avons fait un bout de chemin ensemble.

   Jacques Grandclaude : Effectivement, j’étais au Lycée Charles de Gaulle de 1946 à 1951 avec Jacques Brialy, mais c’est avec son frère Jean-Claude que je suis resté ami, de Pâques 1946 à son décès le 30 mai 2007.

   Jean-Pierre Bénaut : D’entrée de jeu, tu me parles de JEAN-CLAUDE BRIALY, un personnage qui a fortement marqué toutes les générations qui se sont succédées au Lycée Charles de Gaulle.

   Jacques Grandclaude : Concernant Jean-Claude, il me faudrait un nombre de cahiers incalculables, puisque qu’il m’accompagna dans tous mes projets et sociétés… Nous nous sommes découverts et reconnus en avril 1946, en allant à l’Office de Pâques. Il habitait au-dessus du cinéma français… lieu prédestiné par excellence.

    C’est avec Jean-Claude que ma vie se traça. Depuis cette première rencontre, il avait 13 ans, moi 10… nous ne nous sommes vraiment jamais quittés, si ce ne sont les séparations liées aux aléas de la vie, jusqu’à ce sombre jour de mai 2007 où il s’en est allé…

    Il m’a accompagné dans toutes les étapes de ma vie, actionnaire de toutes les sociétés de production que j’ai fondées, engagé sur toutes les causes que nous défendions… les enfants, les pauvres, les chômeurs, les personnes âgées…

   Si je suis ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce à lui. Il est en quelque sorte mon  » grand frère », celui qui me servait d’exemple. De ces 61 ans de vie où dans l’ombre nous construisions ensemble un autre chemin… restent des souvenirs immuables.

   Jean-Pierre Bénaut : Voilà un très bel hommage à Jean-Claude Brialy. Mais comment se sont égrainées toutes ces années ? Vous étiez séparés par vos activités respectives tout en restant très proches ?

   Jacques Grandclaude : Mai 68, c’est Jean-Claude qui me soutient, bien que ne partageant pas mes idées politiques. Licencié de la Société d’État LES ACTUALITÉS FRANÇAISES dont j’assumais la Direction de la Rédaction, parce que nous étions les premiers du Service Public à  nous mettre en grève et avoir commis l’irréparable. Mes compagnons de route les plus proches me suivirent pour créer avec nos indemnités de licenciements, la première Communauté de cinéma de ce type.

   Janvier 1977… ROBERTO ROSSELLINI : C’est l’improbable rencontre avec Roberto Rossellini, qui nous choisit pour produire ce qui sera son dernier film. Jean-Claude, si étonné et si fier que l’immense cinéaste choisisse cette Communauté, quasiment inconnue du grand cinéma, que les problèmes financiers rencontrés furent souvent comblés par Jean-Claude.

   Novembre 1982 L’UNION EUROPÉENNE et le combat de Titan que nous avons mené, ensemble avec Jean-Claude, durant plus de 15 ans. Dans ce contexte, nous avons rencontré à plusieurs reprises Monsieur Hans-Dietrich Gensher… (Plusieurs fois ministre et vice-chancelier), et plus encore nous fûmes félicités par Angela Merkel pour un film sur l’environnement qui avait obtenu un prix spécial.

   Janvier 1989… LES DROITS DE L’ENFANT. Jean-Claude se mobilise totalement. Cette expérience initiée par Marie-France Delobel, notre associée sera la première fois où des cinéastes de fiction aborderont des sujets d’information. Ayant produit une série de films pour défendre le Droit des enfants dans le monde  » HOW ARE THE KIDS  » avec Jerry Lewis, Jean-Luc Godard et 5 autres réalisateurs internationaux, nous fûmes récompensés au Festival d’Oberhausen

    Mai 1999… LA LUTTE CONTRE LE CHÔMAGE. Installé au cœur de la forêt lotoise, face au chômage endémique, avec Jean-Claude nous créons le premier Centre de Télémarketing en milieu rural. Un combat et un succès !!!

    Janvier 2006… MONTHYON-ROSSELLINI ressurgit 30 ans après…  100ème anniversaire de la naissance de Roberto Rossellini… Jean-Claude prend la tête du combat pour réhabiliter la mémoire et le travail accompli avec Rossellini…

   Jean-Pierre Bénaut : Aujourd’hui tu continues à vivre à un rythme d’enfer, tu n’es jamais là où l’on pense te trouver, tes courriels sont « heurés » à 3 heures ou 4 heures du matin. A quoi te consacres-tu ?

   Jacques Grandclaude : Je suis très occupé entre le lot où je réside et Mons en Belgique où j’ai créé, avec Renzo Rossellini, des chercheurs, des historiens d’art… la Fondation « Genesium », fondation d’utilité publique. Centre d’archives, de recherche, de transmission des savoirs sur les Processus et  les Techniques de Création. Dans les domaines des Arts, des Sciences, des Techniques, de l’Économie.

    Il s’agit de déplacer l’étude de l’œuvre vers les éléments qui ont conduit à son élaboration, c’est-à-dire de  prendre pour objet les traces matérielles du processus créatif  (carnets de notes, documents de travail, correspondance, rushes, brouillons, esquisses…).  

  Des personnalités européennes renommées dans nos champs de compétences sont Membres Fondateurs dont Renzo Rossellini, avec qui nous avons rassemblé le Fonds d’archives le plus important au monde concernant Roberto Rossellini.

   De cet exemple nous allons mettre en place un  » Atelier Jean-Claude Brialy  » pour rechercher à travers le monde tous les correspondants  à qui Jean-Claude écrivait de si belles lettres.

   Actuellement, nous préparons pour 2016 une grande exposition, à Mons dont la thématique est   » Nouvelle Objectivité / Néoréalisme  » 1916/1946 d’Otto Dix à Roberto Rossellini, et pour 2018 une autre exposition  » La grande aventure de la couleur  » dont le  » Traité de la couleur  » de Goethe est au cœur de notre démarche sur la couleur… 

    Pour mieux faire connaissance avec notre camarade, lisez l’article de Claude Muyls paru dans Paris Match : Cliquez ICI (Jacques Grandclaude  – La Belgique dernier domicile de Roberto Rosselini)

   Jean-Pierre Bénaut : En novembre 2013, je reçois un appel téléphonique de  la société de production de l’émission “ Un jour, un destin “ diffusée sur Fr2. Laurent Delahousse recherche des amis de JC Brialy pour une future émission. Je te contacte, tu n’hésites pas et tu te jettes dans la bataille.

   Jacques Grandclaude : Tout d’abord je tiens à remercier Laurent Delahousse de s’intéresser à Jean-Claude Brialy, toi – Jean-Pierre d’avoir eu l’initiative de créer ce site dédié aux anciens élèves du Lycée Charles de Gaulle à Baden-Baden, et d’avoir eu le courage de le faire vivre…

    À ce propos je n’ai jamais été aussi angoissé depuis ce retour sur le passé que m’a demandé UN JOUR UN DESTIN…  pour moi ce fut un bouleversement que je n’osais jamais regarder en face :

    Y penser de temps à autre est une chose… en parler devant une caméra ou l’écrire pour une publication, est un exercice qui ne m’a pas laissé sans stigmates, tant ma mémoire est redevenue vivante… voire  » en vrai  » comme si je me retrouvais au même âge à la même époque.

   Le tournage s’est déroulé en face de leur immeuble dans un tout petit studio que j’ai inauguré… une sorte de cave aménagée en studio.

   L’enregistrement a duré 3 heures… et cela a été extrêmement difficile pour moi car ce n’était pas mon interview proprement dite… J’étais dans la situation d’un biographe de Jean-Claude qui raconterait sa vie. Pour moi… faire revenir ces souvenirs de cette façon fut très éprouvant.

   Jean-Pierre Bénaut : Tu continues à t’investir à fond pour Genesium, tu as accepté de participer à l’émission “ Un jour, un destin “… Cela ne te suffisait pas, tu as répondu immédiatement présent, lorsque nous t’avons proposé de participer à la rédaction de notre livre « Rencontres inoubliables » et tu nous gratifié de très beaux textes.

  Jacques Grandclaude :  Tous mes compliments et mon admiration pour ce travail de mémoire que vous avez mené avec maestria. Pour cette magnifique idée que tu as eue avec Madeleine.

   Bien que beaucoup de textes de film, de dossiers, de participation à des Appels d’offres  aient empli mes nuits d’écriture… c’est la première fois que je me suis confronté à ma propre histoire. Vous m’avez fait sortir du bois…

   Merci de m’avoir incité à m’engager à pratiquer cet exercice   » d’auto mémoire « . Merci à tous les deux de m’avoir apporté tant de bonheur.

   Jean-Pierre Bénaut : Notre projet ‘ Rencontres inoubliables’ s’est terminé en apothéose par une réunion, avec nos amis allemands, le 8 novembre à Baden-Baden. Nous nous faisions tous une joie de t’y retrouver, tu avais pris toutes les dispositions jusqu’au 5 novembre… et là que s’est-il passé ?

  Jacques Grandclaude : CATASTROPHE !!! Je me suis réjoui trop tôt. La Commission de Sélection des Films de la Fédération Wallonie Bruxelles m’a convoqué vendredi 7 novembre pour défendre notre projet. L’enjeu était considérable : L’Aide à la production que nous sollicitions était le quart du montant du coût du documentaire. 

   Je ne sais que te dire tant je me réjouissais de te voir en vrai d’une part, et d’embrasser Madeleine et Günther. Madeleine a tant fait pour que ce livre existe !!!

   Je ne pourrai oublier jamais que, sans toi jamais, je n’aurais pu parler de Jean-Claude Brialy… Au-delà… il y avait cette grande émotion de découvrir tous ces anciens élèves du Lycée Charles de Gaulle. 

    Jamais plus pareille occasion se reproduira, pardonne-moi de vous avoir fait faux bond en regard de cette cérémonie que Madeleine avait organisée avec tout son cœur. 

    Mon cher Jean-Pierre, je suis profondément triste de ne pas avoir pu  faire ce pèlerinage aux sources… de remercier du plus profond de mon cœur Madeleine qui a réussi à aller jusqu’au bout de cette belle idée, et surtout de m’avoir fait l’honneur d’apporter ma contribution et de découvrir Günther avec qui Madeleine a construit sa vie. 

    Avec tous mes regrets et mes remerciements les plus chaleureux pour notre amitié virtuelle, qui je l’espère ne le restera pas longtemps. 

    Jamais plus pareille occasion se reproduira, pardonne-moi de vous avoir fait faux bond en regard de cette cérémonie que Madeleine avait organisée avec tout son cœur. 

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Jean-Pierre Bénaut :

    Qu’ajouter à l’émotion de ces propos qui traduisent, de façon aussi puissante, les échanges que nous avons eus depuis plusieurs années en tripartie avec Madeleine. Ce fut la consécration de dix huit mois de travail… souhaitons que nous n’en restions pas là, la nouvelle année nous réservera peut-être une autre surprise…

   Merci  Jacques pour ces propos  qui ont dévoilé à nos amis ta lutte incessante pour que murissent tes projets, qui leur ont montré combien ta ténacité n’a jamais cessé, même si quelques écueils ont entravé le cours de tes actions, et surtout ta fidélité à tes amis, à tes idéaux, défendant avec acharnement tes valeurs.

                                                                                                                                                                                           JPB

 

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