Le général Massu

   Récemment nous vous avons parlé du Jagdhaus, la demeure emblématique implantée sur le Fremersberg, résidence du Général Jacques Massu, commandant en chef des FFA de mars 1966 à juillet 1969,  c’est ici même que se déroula, le 29 mai 1968, l’entretien secret et historique entre le général de Gaulle et le Général Massu.

    Le Général Massu était avant tout un soldat, issu d’une longue lignée d’officiers, Cyrard de la promotion Maréchal Foch en 1930, il se retrouva sur tous les théâtres opérationnels.

    Durant la seconde guerre mondiale, il se rallia immédiatement au Général de Gaulle. Au sein de la 2ème DB il participa à la libération de la France, puis ce fut la campagne d’Allemagne pour vaincre les troupes nazies. Il fut alors nommé « Compagnon de la Libération ». Puis ce furent les opérations d’Indochine et d’Algérie…

    Le Général Massu n’en avait pas pour autant fini avec l’Allemagne, en 1966, il  fut nommé  commandant en chef des Forces Française en Allemagne, son quartier Général était installé à Baden-Oos. Notre lycée se trouvait à mi chemin entre son QG et sa résidence le jagdhaus…

     Laissons de côté ce côté « professionnel » et regardons un autre aspect de sa personnalité. Lors de son séjour à Baden il travailla énormément pour le rapprochement des deux communautés, la revue Mercure de Mars 1999  rendait  hommage à l’esprit de cette période de commandement  en des  termes  élogieux :

Baden-Baden 1969

      Compte tenu de leur implication au sein de la population allemande, les FFA sont le mieux à même de relayer et de concrétiser au plan militaire et celui des relations humaines ce grand projet. Toutes les occasions de rapprochement sont recherchées. Que ce soit à travers d’exercices en commun, des visites ou des échanges entre unités françaises et allemandes. Les jumelages de formations ou de grandes unités françaises et allemandes : 65 entre 1965 et 1990. Dès le début des années 70, sont mis sur pied des challenges militaro-sportifs visant la recherche de la solidarité par l’effort partagé, où s’affrontent en toute cordialité des unités mixtes de jeunes soldats allemands et français. Que ce soit au niveau des régiments ou des divisions se développent de grands exercices où les uns et les autres se familiarisent avec les procédures du voisin, apprécient l’originalité de son savoir-faire et surtout apprennent à se mieux connaitre.

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  « Rencontres inoubliables »

  Dans notre livre , Dieter Klaus l’un des nos auteurs allemands en parlait comme étant un excellent tennisman, à l’esprit très sportif. En effet le Général Massu partageait les cours de tennis avec des partenaires allemands tel que nous le narrait

    De temps en temps, nous allions manger à la Tour d’Auvergne où nous rencontrions la plupart du temps des amis français et je me régalais de délicieux couscous !

    Un jour, c’était en 1968, je venais de terminer mes études et étais en poste chez Daimler-Benz, Madame Schneider, alors secrétaire du club Rot-Weiss et qui avait épousé le chauffeur du Général Massu, me demanda si je ne voulais pas jouer de temps en temps, le jeudi, avec un officier français. Je me libérai donc ce jour-là.

    Au jour convenu, nous étions à deux à attendre cet officier. Une Citroën arriva bientôt conduite par un chauffeur. En descendit un homme de grande taille, élégamment vêtu de blanc qui se présenta : Jacques Massu. Le Général Massu était le Commandant en chef des troupes françaises en Allemagne. Il continua ensuite à jouer avec nous tous les jeudis. Il ne parlait pas  un mot d’allemand, mais était bien sympathique et riait de bon cœur quand l’un de nous réussissait un smash ou un bon service…    ….   ….

    Mais retournons à nos parties de tennis : nous avions fixé un rendez-vous avec le Général Massu, mais ce jour-là j’aurais dû me rendre à Stuttgart ! J’allai trouver mon chef et lui expliquai la situation. C’est avec un large sourire qu’il trancha : – « Le sport et la politique doivent prévaloir sur les affaires ! »

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    Dans le même ouvrage  Klaus Fischer un autre auteur, de toute évidence étudiant à cette époque, nous présentait le général  comme étant une personnage facilement abordable :

     Je partis bientôt à Paris pour y faire des études de sociologie.

    Quand j’habitai de nouveau dans notre petite ville au bord de l’Oos, j’allais souvent dans ses quartiers français, prenais mes repas à la cantine pour les recrues françaises, ou au mess de La Tour d’Auvergne. Je fis bientôt la connaissance du Général Massu et de sa femme. Je lisais alors près de vingt journaux par jour et étais devenu une source d’informations précieuse, et cela surtout durant ce que l’on est longtemps convenu d’appeler « les événements d’Algérie » !

    Si je dresse le bilan de ma vie, cette vie qui m’a, par la force des choses, mis en contact étroit avec la France et m’a permis de me lier d’amitié avec des Français, je peux dire que ces contacts si sympathiques que j’ai eus avec l’ancien ennemi, avec sa langue et sa culture, ont fait de moi un homme content de son sort, un homme heureux. J’ajouterais que je suis conscient de porter en moi un trésor inappréciable.

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    “Das war das 20 Jahrundert in Baden Baden“

   Dans le recueil  de   Robert Erhard , un article souligne la reconnaissance  de la ville de Baden-Baden  envers le Général Massu.

Baden-Baden 1969

   Fin juillet, le commandant supérieur des Forces Françaises en Allemagne, le Général Jacques Massu, a pris sa retraite.

  La ville le remercia pour son très fort engagement pour l’amélioration des contacts entre les Français habitant la cité et la population de Baden-Baden.

    Dans le cadre du concours international des roses en 1968, le rosiériste Reimer Kordes, baptisa une rose, du nom de l’épouse du Général commandant les  FFA, Madame Suzanne Massu.

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     Personnellement j’ai eu la chance de croiser la route d’une Allemande de Baden, devenue une amie, qui travailla au pair chez le Général Massu à son retour en France. Veronika  en parle avec une grande admiration, c’était un homme droit, d’une grande simplicité, grand sportif, fine raquette, cavalier émérite et profondément humain. A son retour d’Algérie il adopta deux enfants pour leur offrir un avenir plus serein.

    Quelques soient nos convictions, il faut reconnaître que derrière cette carapace de soldat, de grand serviteur de la France, il existe un autre homme, un homme de bon sens, un compétiteur, un homme de dialogue, un homme d’une grande noblesse de cœur.

JP Bénaut

 

 

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