Connaissez-vous Léo ?

  Leo ? Serait-ce une vieille connaissance, un pote de lycée, un copain d’avant que j’ai dû oublier et que ma mémoire a du mal à resituer ? Ce nom m’interpelle pourtant par cet après-midi maussade de novembre, froid et bruineux, en quête d’un lieu où me réchauffer devant un bon chocolat chaud. Baden-Baden. La place que je traverse est défoncée par les pelleteuses affairées autour d’un puits profond entouré de solides palplanches, et ce nom    Leo, partout écrit sur les barrières de sécurité du chantier.

    Quelques images sérigraphiées sur des bâches finissent par dissiper le doute ! Leo ce n’est pas « lui », cet ami supposé et improbable, mais bien « elle », la place elle-même, Leo, « unser Leo » comme on l’appelle familièrement ici. Leo : Leopold, Leopolsplatz… Je finis par comprendre ! Mais une place me direz-vous, du genre masculin ? Vous le savez bien, les langues française et allemande s’amusent parfois de la confusion des genres : la place, « der Platz », le soleil, « die Sonne », la lune, « der Mond », etc, etc…

    Au centre de la ville, point de passage obligé entre plaine du Rhin et Forêt-Noire, entre thermes et Kurhaus, là où se dressait jadis la fière statue de Leo, l’autre, le vrai, le grand-duc Leopold I de Bade, jetée bas de son piédestal et irrémédiablement fondue pour des besoins de guerre, Leo, la place, a su s’adapter aux vicissitudes du temps qui passe et à l’évolution des modes. Ce carrefour incontournable de la ville, sens giratoire absolu de l’ère de l’automobile où se mêlaient, jusqu’à peu, dans une cohabitation bon enfant et selon les époques, trams, trolleys, bus, camions, voitures, cyclistes… et piétons, Leo a su évoluer bien sûr et s’accommoder des goûts d’un monde qui change. Qui se souvient, au centre de la place, de ce « MP » casqué et ganté de blanc, dressé sur sa plateforme ou, plus tard, du « verkehrspolizist » dans sa tourelle blanche, orchestrant chacun à sa manière le ballet des voitures ? Qui se souvient du marchand de journaux français à l’angle de la Sophienstrasse, de ces passages-piétons, les « Zebrastreifen », devant lesquels le piéton attendait, docile, qu’une voiture veuille bien le laisser passer ? Sur ces grands panneaux de chantier, à la façon d’une bande dessinée, c’est une tout une époque révolue qui s’étale sous les yeux du passant. Leo a bien changé avec le temps. Nichts hält ewig – rien n’est éternel – proclame le programme de rénovation de Leo : aujourd’hui plate et lisse, piétonnière et écologique… Leo s’apprête à faire peau neuve.

    La nuit tombe sur cette place glacée par l’humidité, une dernière pensée à l’autre Leo, celui de la statue disparue, celui dont ce lieu honore le nom et dont le portrait discret retrouve ici sa place légitime, le temps d’un chantier… Il est grand temps d’aller me réchauffer et boire le bon chocolat chaud que je me suis promis, à la santé de Leo !

Et pour en savoir plus… Leo se dévoile sur www.unser-leo.de/bildmotive/

Baden-Baden novembre 2016                                                                                                       Robert Popille

Commentaires :

Merci Robert pour ce beau texte qui nous reporte au temps où nous étions au lycée, le vieux lycée, celui de Baden, et qui nous donne envie de retourner à Baden afin de voir ce qu’est devenue la place Léo.                         Yvette Bo-Keiser

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Quelle belle promenade dans notre chère ville ! Merci Robert… Encore !!! Bonne journée à tous .                                                                         Yvette ISAAC -BARALE

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