SoixanteDixSept

    Samedi 11 mars 2017, notre camarade de lycée Jacques Grandclaude, co-auteur de ’Rencontres inoubliables’, m’a invité au vernissage de l’exposition commémorant le 40ème anniversaire du centre Pompidou.

    Souvenez vous, en 2015, Jacques Grandclaude  vous avait donné rendez-vous, pour l’émission ’un jour un destin’ sur Jean-Claude Brialy… le voici de retour sur le devant de la scène.

    Son invitation au vernissage de l’exposition SoixanteDixSept  “Quand Rossellini filmait Beaubourg“, m’amène à la ferme du Buisson à Marne la Vallée. Extérieurement le site est ceint d’un haut mur en briques rouges. Le porche franchi, je me retrouve au milieu de producteurs maraîchers qui arrangent leurs étales…  accueil assez insolite pour un centre culturel ! Mais en fait, ne sommes nous pas dans une ferme ???

    Sur ma droite voici la médiathèque, imposant bâtiment, non pas en pierres meulières, comme on pourrait s’y attendre dans cette région de la Brie, mais en briques rouges, architecture plutôt de style batave. Cela ressemble plus à la réhabilitation d’une friche industrielle plus qu’à celle d’une ferme régionale.

    Mais, sachez que cette région a été profondément marquée par la présence de la chocolaterie Meunier, d’où ce style « industriel »… Pour les curieux prenez connaissance des origines de cette ferme… ICI

    Curieux je pousse la porte vitrée de la médiathèque et là, c’est un festival de lumière, l’immense verrière accueille des milliers de livres soigneusement rangés, dont les dos constituent une magnifique mosaïque de couleurs… des milliers  de documents dont un fond spécialisé dans le domaine de l’art : livres, revues, CD, textes enregistrés, DVD… Un silence religieux y règne, nous sommes dans une des cathédrales de la culture…

    Ressortons, je suis venu à la rencontre de notre camarade Jacques Grandclaude… je reprends donc ma route… voici le théâtre avec sa silhouette toute aussi austère que sa sœur jumelle.

    Nouvelle surprise, des caquètements m’intriguent et mon regard se pose sur quelques dames poules aux robes flamboyantes  qui picorent joyeusement les parterres… indifférentes aux allés et venues… transition incroyable avec l’extérieur de ce domaine où s’est développée une ville nouvelle, livrée aux assourdissements de la circulation…

    Ne nous égarons pas ! Je suis en avance pour le vernissage, avec un peu de chance je pourrai discuter avec notre ami, avant qu’il ne soit accaparé  par ses fonctions officielles… Mais où se trouve l’exposition ?

    J’entrevois au loin une pancarte “centre d’art contemporain“… enfin le voici ! mais en suis-je sûr ? un attroupement surprenant à l’entrée : des transats dans lesquels se détendent nos organisateurs, profitant du superbe ensoleillement de cette journée d’hiver…

    Je m’approche tranquillement, l’accès est monopolisé par un groupe en pleine discussion, je scrute rapidement les visages, indéniablement voici Jacques, style gentleman-farmer, décontracté, le cou serti d’un petit foulard noir, les cheveux broussailleux au vent… Sentant mon regard, il fait un pas hésitant dans ma direction, je m’avance…

Jacques GrandClaude ??

Oui !!

Profond silence, quelques secondes d’hésitations…

Jean-Pierre Bénaut ?

Oui !

    Et nous tombons dans les bras l’un de l’autre…   Voici comment se déroule la rencontre de deux anciens de Baden 70 ans plus tard…

    Accueil très chaleureux… Avant que n’arrivent les visiteurs, Jacques me fait l’honneur d’une visite privée de l’exposition…

    L’exposition présente la dernière œuvre de Roberto Rossellini, réalisée quelques mois avant son décès ; un film surprenant qui dévoile la réaction du public le jour même de l’ouverture du centre en 1977…  Le maître filme discrètement le public, de manière inhabituelle, Jacques Grandclaude filme discrètement le maître … l’arroseur, arrosé !

    Cette exposition est dédiée à la dernière œuvre du cinéaste, dont Jacques a été le producteur. Une technique novatrice, loin des studios, loin des plateaux, mise en œuvre au cœur de la foule cueillant sur le vif les réactions des premiers visiteurs de Beaubourg. Roberto Rossellini en était lui-même le caméraman, une réalisation « in live » dès 1977. Pas d’artifices, aucune mise en scène, micros dissimulés, sans aucun doublage son, avec l’authenticité des voix et des bruits natifs. Un seul acteur : le public !

    Dans l’exposition trois pôles se dessinent.

    La salle centrale  qui présente un nombre incroyable de planches photographiques. L’idée originelle était aussi de réaliser un album. Plusieurs visionneuses équipées d’écouteurs permettent de revivre l’épopée de ce tournage, en photos et vidéos… vous y découvrez les matériels utilisés, la façon de placer les caméras, les micros, pourquoi tel choix plutôt que tel autre … un travail de préparation, de réalisation, et de compilation particulièrement méticuleux… une tâche de  longue haleine… 11 heures de rushs réalisés par Jacques qui suit Roberto Rossellini pas à pas. N’oublions pas que nous étions alors en argentique, loin de nos tables de montage numériques. Ces heures de film nécessitèrent un énorme investissement en temps. Il fallut visionner, analyser, choisir les meilleures séquences en tenant compte de la qualité de l’image et de celle du son…  découper et assembler harmonieusement au moyen de colleuses mécaniques. Ces archives inédites, propriété de Jacques Grandclaude, revivent enfin après quarante ans.

     Le second volet est la projection en boucle du film de Roberto Rossellini, film historique qui témoigne de l’ouverture du centre culturel à un public déconcerté, sceptique, réservé, ébahi, admiratif… puis enthousiaste. Dans les bousculades d’un tel événement Roberto Rossellini déplace discrètement ses caméras, il capte les réactions de la foule, Jacques capte discrètement les réactions du cinéaste. Vous êtes plongés dans cet événement de l’année 1977 comme si vous y étiez.  Le cinéaste décéda quelques mois après la réalisation de ce film culte.

    Le troisième volet de l’exposition donne la parole aux différents membres de l’équipe qui évoquent leurs souvenirs et commentent les origines de cette aventure cinématographique. Un film spécialement réalisé par Marie Auvity, sur fond d’images animées rappelant la réalisation de cet immense chantier que fut Beaubourg.

    Le vernissage se poursuivit par la projection, sur grand écran, du film « Le Centre Georges Pompidou » de Roberto Rossellini, en présence de son fils Renzo et de notre ami Jacques Grandclaude. L’événement se termina par un cocktail.

    Fatigué par un piétinement prolongé,  j’ai malheureusement dû écourter ma visite, j’espère mon cher Jacques   que tu ne m’en tiendra pas rigueur… mais soyez assurés, chers amis, que cette rencontre rejoindra le « florilège » de nos « Rencontres inoubliables »

PS :    Il n’est pas trop tard, vous pouvez visiter cette exposition à la ferme du Buisson à Noisiel (Marne la Vallée)  jusqu’au 16 juillet 2017. N’oubliez pas de nous faire part de vos réflexions.

Bien amicalement 

Jean-Pierre Bénaut

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.