Les moulins de Baden

    Avant de découvrir, prochainement, les luxueuses résidences et les somptueux hôtels de la ville de Baden-Baden, faisons une visite des bords de l’Oos, cadre bucolique  dans lequel s’implantèrent les établissemenrs d’aujourd’hui.

    Au début du XIXèmesiècle, Baden était encore regroupée sur la colline surmontée du “Neues Schloss“. L’Oos, torrent de montagne, coulait entre les beaux pâturages où venait paître le bétail. Toutefois, le cours violent de la rivière était utilisé pour faire tourner de nombreux moulins construits sur ses rives. Ces moulins représentaient une véritable richesse industrielle pour le pays, car leurs meules transformaient en farine non seulement le blé de la région mais encore celui qui venait de contrées lointaines comme la Hongrie.

    Tandis que l’Oos, elle-même, actionnait le moulin de Geroldsau et celui du couvent de Lichtental situé en aval, à la hauteur de l’emplacement actuel de l’hôtel “Bellevue“ une déviation conduisait les eaux par la Kirchplatz jusqu’au Léopoldsbrücke où elles rejoignaient l’Oos. Sur cette déviation appelée Mülbach, se trouvaient le Lamprechtsmühle (en face du Brenner), le Hoppertmühle (en face du Stéphanie), le Schweigertmühle (Augustaplatz) et le Rauhmühle (Atlantic).

    L’extension de la ville, et l’attrait exercé sur les étrangers par un site pittoresque n’allait pas tarder à transformer les bords champêtres de l’Oos et à bouleverser l’existence paisible des vieux moulins.

    Parmi ceux-ci, le Schweigertmühle devait acquérir une sorte de célébrité. Propriété de la famille Schweigert, meuniers et tanneurs à la fois, ce moulin était entouré d’un jardin particulièrement fleuri et soigneusement entretenu qui ravissait les promeneurs. Il ne tarda pas à devenir un des rendez-vous de la haute société qui venait aux eaux de Baden.

    Ainsi, vers 1850, y trouvons-nous le Prince Wiasemsky, Ambassadeur de Russie à la Cour de Bade. Celui-ci s’ennuyait à Karlsruhe et préférait Baden où, en dehors de nombreuses distractions, les salles de jeu l’attiraient particulièrement. Malheureusement, les échos de quelques scandales parvinrent aux oreilles du Tsar qui mit un terme à la vie déréglée du diplomate en le révoquant.

    Après lui le Comte Tascher de la Pagerie, oncle de Napoléon III par l’impératrice Joséphine, fut, pendant plusieurs étés, l’hôte de marque du Schweigermühle. On raconte qu’il aimait se laisser bercer par le tic-tac du moulin et qu’il se fâchait tout rouge quand le meunier arrêtait la roue pendant la nuit. 

    Le Schweigertmühle, qui eut l’honneur d’abriter une entrevue entre Napoléon et le roi Guillaume de Prusse, demeura pendant de longues années le lieu de rencontre préféré des beaux esprits de l’époque. Tourguenieff était un des plus assidus parmi ceux qui s’y retrouvaient le soir pour deviser et se délasser des chaudes journées d’été à la fraîcheur de ses jardins.

    Peu avant 1870, le Schweigertmühle fut acheté par la Princesse Gagarine.

     Avec sa nouvelle propriétaire, le moulin, devenu villa, connut une période de brillantes réunions mondaines où l’on rencontrait la haute aristocratie allemande et russe représentée, en particulier, par le Comte Schuwalow, la Grande-duchesse Louise, le Prince Guillaume, et le Prince de Furstenberg.

   Hélas ! Grandeur et décadence, à la mort de la princesse, sa villa fut acquise par la société des bains pour l’installation de ses bureaux qui s’y trouvent encore aujourd’hui.

 (Promenade Historique à travers Baden-Baden de Raymond Sereau et Henri Gayot )

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