Baden – L’hôtel Stéphanie

      Poursuivons notre tournée des somptueux hôtels de Baden-Baden.

     Non loin de l’hôtel d’Angleterre se trouvait le Stephanienbad, ancêtre de l’hôtel Stephanie actuel.

    Le nom de cet hôtel rappelle le souvenir de la Princesse Stéphanie de Beauharnais, nièce de l’impératrice Joséphine dont Napoléon III fit sa fille adoptive lorsqu’elle épousa, en 1805, le prince Charles de Bade, petit fils et héritier du Grand Duc Charles-Frédéric.

    La pauvre princesse française n’a pas une vie heureuse. Pendant cinq ans, de 1805 à 1810, elle eut à souffrir de la conduite de son mari, débauché et dépravé, et de la Margrave Amélie sa belle-mère.

    Toutefois, en 1810, le ménage se réconciliait et, l’année suivante, naissait leur premier enfant. Charles et Stéphanie eurent trois filles et deux fils. Ceux-ci devaient, l’un et l’autre, mourir en bas âge et la disparition de premier s’opéra dans des conditions si étranges qu’elle a permis d’échafauder de nombreuses hypothèses.

    Un enfant malade a-t-il été substitué au petit prince peu après sa naissance ?

    Gaspard Hauser, ce mystérieux jeune homme de 16 ans, aux origines inconnues que l’on trouva un jour de 1828 à Nuremberg et qui devait être assassiné en 1833, était-il le fils de Stéphanie que tant de personnages avaient intérêt à faire disparaître ?

    C’est encore là une énigme qui, rejoignant celle du Temple, passionna l’opinion publique pendant de longues années.

    Quoi qu’il en soit, c’est près de Stéphanie que la reine Hortense et son fils, le futur Napoléon III, trouvèrent refuge en 1814.

    Après la mort de son mari, la princesse oubliant ses dissentiments avec la Margrave Amélie, devenue aveugle, se consacra à elle. Une de ses résidences préférées fut le Neue Schloss où elle aimait à s’entourer d’une cour d’esprits distingués. La vogue qu’eût la ville d’eau à cette époque lui est due en grande partie.

    Stéphanie devait s’éteindre à Nice en 1860.   Mais revenons à l’hôtel qui porte son prénom.

    Lors du congrès des Princes, Napoléon III, suivi d’une brillante escorte, vint y habiter. Peu après, accompagnant le roi de Prusse qui s’était rendu à Baden pour y rencontrer l’empereur François-Joseph, Bismarck descendit également à l’hôtel Stéphanie où il eut, raconte-t-on, une entrevue orageuse avec l’empereur d’Autriche.

    En 1873, l’hôtel Stéphanie fut acheté par Antoine Brener dont le fils, Camille, fit effectuer de nombreuses améliorations. Par lui, l’hôtel fut embelli et rehaussé de trois étages. Il fit construire aussi la “villa impériale“, aujourd’hui villa Stéphanie, ainsi nommée parce qu’elle abrita les membres de nombreuses familles régnantes.

    C’est ainsi qu’on put y voir le Prince de Galles (le futur Edouard VII) accompagné d’une de ses amies, la Princesse de Pless qui devait être plus tard, accusée d’espionnage. Il y eut aussi le Prince Michael Nicolaiewitsch, paralytique que l’on promenait dans une petite voiture qui était toujours entouré d’une cour de princes russes et allemands. Son fils, Georges Michaelowitsch, banni de Russie pour avoir épousé une danseuse, vint aussi villégiaturer au  Stéphanie.

    Enfin, les rois de Suède et de Norvège, le Kronprinz d’Allemagne et sa famille, le roi de Siam Chulalongkorn comptent parmi les hôtes de ce palace international, dans  lequel Gerhard Hauptmann représenta avec éclat la poésie allemande.

    Le Prince Von Bülow, ministre de Guillaume II et promoteur de la Weltpolitik, s’y installa à plusieurs reprises et eut des conversations importantes lors de la guerre russo-japonaise et des affaires du Maroc avec différents hommes d’état, en particulier avec André Tardieu et le ministre italien Tittoni. On dit même qu’au cours de ses entretiens avec ce dernier, Von Bülow se rendit compte de la fragilité de l’alliance italienne. (En mai 1914, Camille Brener ouvrit le sanatorium dont il avait lui-même conçu le plan, et qui devint par la suite le Kurhof ou Hôtel Brenner. C’est à l’hôtel Brenner que s’installèrent en 1945 les services du Général Koenig, commandant en chef Français en Allemagne.)

    Pendant la guerre 1939-45 l’hôtel Stéphanie fut fermé. Il ne fut ouvert qu’en juillet 1945, lorsqu’il devint le siège du Gouvernement Militaire de la Zone française d’Occupation en Allemagne et de son chef l’Administrateur Général Laffon.

  (Promenade Historique à travers Baden-Baden de Raymond Sereau et Henri Gayot )

 

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