La Providence

    Le calme aurait dû  régner à l’abbaye Saint Michel de Bois Aubry implantée, depuis neuf siècles, dans la commune de Luzé, non loin de Tours. Je ne connais pas le site mais j’imagine un coin de Touraine verdoyant et fleuri, livré au recueillement d’une petite communauté religieuse orthodoxe de six ou sept moines et moniales, qui survit  très difficilement de la vente aux rares visiteurs d’une brochure relatant l’histoire de l’abbaye et de la vente de produits tels qu’icônes peintes à la main ou confitures… fabriquées par la communauté, bien maigres ressources pour financer l’entretien des murs dont la communauté  est propriétaire… Vous l’avez deviné ! C’est ici même que vit notre camarade Michel Mendez, récemment élu Premier Evêque Orthodoxe des Gaules sous le nom de Monseigneur Grégoire. 

    C’est ici-même que sont abritées les cendres de Yul Brynner. Une légende s’est forgée autour de cette présence : «  l’acteur, en fuite avec sa famille durant la seconde guerre mondiale, aurait été recueilli par cette communauté orthodoxe. Il aurait alors manifesté la volonté d’être inhumé à l’abbaye ». La réalité est tout autre,

    Michel Mendez  rétablit la réalité des faits :

     « J’ai connu Yul Brynner dans les années 1970 par l’intermédiaire d’un confrère prêtre orthodoxe et fonctionnaire à l’Unesco où Yul Brynner travaillait aussi quelquefois comme « Haut Commissaire des Nations-Unies aux personnes déplacées ». Yul Brynner était orthodoxe de naissance, il était né à Vladivostok en Sibérie orientale le 11 juillet 1920. Sa mère était Russe et son père était Suisse, lui-même était citoyen Helvétique. Ce n’est qu’après son décès – à New-York le 10 octobre 1985 – que la nécessité de déplacer ces cendres de leur inhumation première a conduit sa veuve Catherine Lee-Brynner à reprendre contact avec moi. Nous lui avons donc fait une place dans notre cimetière »

     Mais revenons au sujet qui nous concerne directement. En cet été de l’année 2005, la sérénité a laissé place à l’inquiétude voire à l’angoisse.  La Cour d’Appel d’Orléans à la suite du Tribunal de Grande Instance de Tours vient de rendre un verdict condamnant la communauté dans un différend qu’elle avait avec le fabricant de photocopieurs Gestetner. Un commercial, avide de résultats facilement acquis, avait loué à l’abbaye une énorme photocopieuse ultra moderne, dont elle n’avait pas vraiment besoin, pour un prix de location  somme toute abordable, sans souligner une clause minuscule, presque illisible, qui précisait l’obligation de faire au moins 40.000 photocopies la première année et 50.000 la seconde année sous peine de voir le prix de location décupler. Inévitablement l’abbaye est tombée sous le coup de cet article. Cette transaction commerciale  était  un véritable abus de confiance… face à un ecclésiastique très éloigné des pratiques commerciales parfois douteuses. L’amende au terme de deux ans  s’élevait à… 78 000 euros. D’où la décision du tribunal de liquider la communauté, avec vente aux enchères du patrimoine, l’abbaye étant dans l’incapacité totale de payer une telle somme.

    Michel Mendez qui avait signé le contrat se trouvait dans une situation inextricable. Imaginez-vous, vous sentir responsable de la disparition de votre communauté, de votre famille, c’est une situation insupportable ! Tout ceci pour avoir apposé sa signature, de façon peut-être imprudente, au bas d’un contrat commercial… La condamnation était tombée, personne ne bougeait. Mais la Providence veillait sur notre ami, un Monsieur, journaliste à la retraite du quotidien « La Nouvelle République du Centre Ouest », vivant à Tours, a eu l’attention attirée par un compte-rendu d’audience du Tribunal de Grande Instance de Tours concernant cette affaire. Révolté par cette entourloupette, il s’informe des détails de cette affaire et n’hésite pas un seul instant, devant l’apathie générale, il contacte « sans aucun doute » l’émission phare de Julien Courbet sur TF1. La réponse ne se fit pas attendre, en une semaine l’affaire était instruite. L’équipe fit preuve d’une très grande efficacité, l’affaire fut portée à l’antenne en moins de deux semaines et les élus locaux entrèrent enfin  dans la danse…

    C’est ainsi qu’un soir, je jette un coup d’œil distrait sur cette émission et ma surprise fut immense de voir Michel exposant sa détresse aux téléspectateurs… Seul à subir « l’inquisition », la cheville ouvrière de cette rencontre était restée dans l’ombre, préférant garder l’anonymat…

    J’appris quelques jours après par les médias que Gestetner abandonnait toute poursuite, craignant une contre-publicité désastreuse pour la marque…

    Et puis notre réunion à Tours arrive… vous souvenez-vous des « Lagrange sister’s » qui nous firent « chanter » le dimanche  midi ? Mais que viennent-elle faire dans cette affaire ? Et bien  vous allez comprendre ! Je cite la fin du courriel de leur frère Bernard :

    « Le dimanche du week-end des anciens de Baden à Tours, Christiane, Claude et Monique sont passées chez moi prendre le café, et me raconter un peu ce qui s’était passé. Christiane mentionna le fait qu’un de ses anciens condisciples de Baden était même évêque orthodoxe, mais sans préciser où il exerçait. Etonnant non. A propos d’orthodoxie, je leur racontai mon histoire avec TF1. Et ça s’arrêta là !

    Ce n’est que lorsque tu lui racontas l’histoire qui était arrivée à son ancien copain de lycée qu’elle fit le rapprochement.

    Et des centaines d’affaires de ce genre, au détriment des plus faibles, se produisent tous les jours en France, et qui n’ont pas le pot de tomber sur un Lagrange… ou autre. Et tout cela sans savoir que ce prêtre orthodoxe était un copain de lycée de Christiane, ma sœur aînée.»

 

    Eh oui ce Monsieur était  Bernard Lagrange, un ancien de Baden  qui défendait  un autre ancien, sans savoir qu’ils avaient fréquenté le même lycée. Que de grandeur et de générosité dans cette intervention anonyme,  tout simplement bravo  et merci…   

                                                                                                                                                         Jean-Pierre Bénaut

 

 

 

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