Les florilèges de M. Foureaux :

   Voilà un prof qui a marqué des générations d’élèves… d’humeur imprévisible, craint ou respecté, estimé ou détesté… sa bienveillance était liée à vos connaissances en mathématiques… ses remarques acerbes étaient plus fréquentes que ses compliments. Voici quelques souvenirs qui vous rajeuniront de quelques décennies.

Propos recueillis lors de notre réunion à Geroldsau en 2006

Ce professeur avait-il un cœur sensible ? Il faut dire qu’il y avait de quoi s’attendrir, s’adressant à Jean-Claude Martin et à Anne-Marie Gleonnec :

    «Ne pleurez pas comme ça ! »

    Anne-Marie avait 0,5 sur 20 et Jean-Claude Martin la consolait, même s’il n’avait eu que 0,25 sur 20. Jean-Claude ta gentillesse légendaire ne date pas d’aujourd’hui !

    Commentaire d’Aline Gleonnec lors de notre réunion 2006 :

    « Combien y zauraient eu si zavaient pas copié ??? »

    Pour Anne-Marie et Jean-Claude sans aucun doute nous aurions ajouté :

    « Peuvent mieux faire ! »

 (Pour la petite histoire notre ami Jean-Claude est devenu receveur-percepteur des finances)

 

Le sport et M. Foureaux

    Lors d’une de mes trois années à Baden (je pense 4M1 ou 3M1), nous avions sport avant les cours de maths, comme en sport toutes les classes de même niveau étaient mélangées, à la fin du cours nous allions au suivant par petits groupes. M. Foureaux exigeait que nous frappions à la porte et que nous attendions l’autorisation d’entrer.

    Nous avions ajouté un peu de piment à cette situation en le prenant à la lettre, un premier groupe de trois tapait à la porte et attendait l’autorisation d’entrer, puis un deuxième groupe… puis un troisième… comme les classes étaient d’environ 40 à 44 élèves, imaginez le temps que durait cette entrée de classe et souvenez-vous de la zénitude de Foureaux.

    Quand le cours pouvait enfin commencer, seules les mouches se faisaient entendre dans le plus grand silence et ceux qui étaient interrogés avaient intérêt à connaître leur cours !!

    Que ceux qui ont fait les mêmes sottises se dénoncent aujourd’hui sans crainte, il n’y aura pas d’heures de colle et Guéringhili ne les attend pas.

Danielle Manach

 

Souvenirs  – Monsieur Foureaux

 

Lorsque j’ai commencé en classe de seconde M, j’ai eu Monsieur Foureaux comme professeur de mathématiques. C’était un homme sévère qui ne semblait vivre que pour les mathématiques et qui exigeait de ses élèves qu’ils fassent pratiquement la même chose.  

Gare à celui qui venait non préparé aux cours de M. Foureaux ou qui ne suivait pas en cours. Ses réactions pouvaient terrifier la classe et ses remarques pouvaient être perçues comme blessantes.  

Gare aussi à celui qui était observé en semaine à flâner dans les rues ou au cinéma. Cela m’était arrivé et je n’avais pas échappé au regard d’aigle de mon professeur de maths. Au cours suivant il m’avait bien sûr demandé si c’était bien moi qu’il avait aperçue au cinéma. Inutile de nier les faits, je ne pouvais que donner une réponse affirmative. Son commentaire ne s’était pas fait attendre. J’appris que j’aurais mieux fait de passer cette soirée chez moi à travailler mes maths. Effectivement avec tous les devoirs et leçons qu’il nous donnait nous ne pouvions que passer notre temps libre à travailler les maths. Aujourd’hui encore, j’ai l’impression que nous étions « surentrainés »

J’ai retrouvé M. Foureaux en classe de première. J’étais à la fois un peu soulagée, puisque je le connaissais, mais en même temps, je dois l’avouer, je redoutais son tempérament et ses remarques acerbes. J’avais beau faire tous les efforts possibles et imaginables, j’arrivais rarement à la moyenne. J’avais l’impression de perdre tous mes moyens lorsque je me retrouvais devant lui. J’imagine que  je devais représenter un sérieux problème pour ce professeur qui, il faut le dire, ne désirait qu’une chose : nous faire comprendre les mathématiques et donc réussir au bac. Il avait fini par me placer au premier rang et m’avait ordonné d’apprendre toutes les formules de mathématiques par cœur, surtout celles portant sur les sinus et cosinus. Chaque fois qu’une de ces formules était requise, il me pointait du doigt et je devais la réciter sans la moindre hésitation.

Vous vous souvenez peut-être qu’au bac, nous avions une question de cours et un problème à résoudre. Cette année-là, la chance était avec moi puisque la question de cours portait sur une de ces formules. Par ailleurs, le fait de savoir que mon devoir ne serait pas corrigé par M. Foureaux m’a libérée de toutes mes craintes. Pour la première fois j’ai eu une note au-dessus de la moyenne. J’ai rencontré M. Foureaux une fois les épreuves du bac terminées. Il m’a demandé si j’avais une idée de mes notes et je lui ai répondu qu’à l’écrit  je pensais avoir eu une note au-dessus de la moyenne, mais qu’à l’oral je n’avais pas dépassé 8/20. Il m’a regardé, un peu étonné, et m’a dit que c’était exact.

De première je suis passée en Terminale, en classe de Sciences-Ex. Pour la troisième année consécutive,  j’ai eu M. Foureaux en maths. Si mes souvenirs sont bons, cette année-là il refusait de perdre des heures de cours qui devaient être entièrement consacrés à l’enseignement. Les compositions avaient donc lieu le samedi après-midi. Je me rappelle que nous l’attendions à l’entrée du lycée, les internes venaient nous rejoindre une fois qu’il nous avait ouvert la porte. Cette année de terminale n’a pas été différente de la précédente. Je faisais tous les devoirs qu’il nous donnait et je naviguais toujours au-dessous de la moyenne. Mes résultats étaient déconcertants.

Cette année-là, nous avons eu une sorte de bac blanc  en février. A ma grande surprise, et à la sienne aussi, la dissertation de philosophie mise à part, mes notes étaient au-dessus de la moyenne. Et puis l’examen final est arrivé et là encore, seule devant ma feuille de papier, sachant que je n’aurais pas à subir les remarques et autres sarcasmes lors de la remise des copies,  je me suis mise au travail. Cette fois encore, je l’ai rencontré après que les résultats affichés à la porte du lycée. Il m’a à nouveau demandé quelle note je pensais avoir obtenue en mathématiques. Je lui ai alors dit, sans modestie, que le devoir que j’avais rendu avait peut-être obtenu un 12/20. « C’est exact » m’a-t-il dit « Vous avez eu 12/20 en mathématiques ». Puis il a ajouté : « C’est injuste »

J’ai souvent repensé à cette courte conversation et à Monsieur Foureaux. J’aurai dû lui demander, « Injuste ? Pourquoi ? Par rapport à qui ? » Je ne l’ai pas fait. Je ne lui en ai même pas voulu de cette dernière remarque. Pour moi le principal était d’avoir réussi au bac. Je venais de parler pour la dernière fois avec  un excellent  professeur de mathématiques,  mais qui n’avait jamais vraiment essayé de comprendre ses élèves. 

Yvette Bö-Keiser 

Glose toujours !                                                                               

Eh oui ! Je dois être à l’instar de ces glossateurs moyenâgeux, clercs sachant lire et écrire, mais dénués de toute imagination créatrice et qui, inlassablement, tels des Shadocks pompaient, pompaient… ou plutôt glosaient, glosaient… Ce que je vais faire à propos de l’excellent article d’Yvette Bö-Keiser (La gazette n°30 d’avril 2013), consacré au sieur Foureaux, le très controversé prof de maths dont certains – beaucoup ?- d’entre-nous ont eu à subir, pêle-mêle, les foucades, les humeurs, les frasques, le comportement arbitraire, voir les perfidies. Mon propos n’étant toutefois pas d’assouvir ici une rancœur issue de faits prescrits depuis longue date, et tenant compte que l’homme a peut-être laissé de bons souvenirs à certains camarades, je me contenterai de relater l’anecdote que voici.

Un jour de 1957, au beau milieu du cours, l’intéressé s’interrompit abruptement pour déclarer de manière péremptoire : « lorsque je vous croise sur le trottoir, vous me dites « Bonjour Monsieur ». Voilà qui est bien, mais parfaitement inutile. Dorénavant, vous vous tairez ! C’est moi au contraire qui vous regarderai dans les yeux et vous poserai la question : (a+b)² et vous me répondrez : a²+ 2ab +b² etc. … » Paroles en l’air ? L’occasion ne me fut pas donnée de le vérifier puisque quelques jours plus tard, je changeai de classe. À toutes fins utiles, j’avais préparé ma réponse : 1515 ! Pour en terminer je vais faire mienne la conclusion d’Yvette : (…) un excellent professeur de mathématiques (…) qui n’avait jamais vraiment essayé de comprendre ses élèves «  Et qui non plus, ne s’est jamais pris un ramponneau de la part de l’un d’entre eux. Autre époque, autres mœurs.

Allez une dernière glose pour la route ? Dans la famille Foureaux, je demande le fils. Car il existait bel et bien, et c’est Jean-François Billy qui me l’offre (la gazette n°31 de juin 2013) Incroyable ! Le fils du vigoureux prof de maths, gardien fondamentaliste de l’orthodoxie lycéenne, se permet des facéties au sein même du Saint des Saints des épaules galonnées, le bar de la Tour d’Auvergne ? Bien joué et en tout cas, faute de cravate, chapeau ! De fait, je confirme l’existence du règlement intérieur du lieu, qui exigeait le port de l’étrangleuse pour prétendre consommer. Je me suis heurté au même problème par un chaud après-midi d’été ; heureusement, le cerbère de service proposait volontiers le sésame vestimentaire exigé, dont il possédait un stock. Preuve que la jurisprudence atténue parfois les rigueurs de la loi ?

                                                                                                                                                                      André Bisse

 

 

 

 

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