La maison du patrimoine de Remoray-Boujeons


    Parmi les belles visites effectuées durant notre récent séjour en Franche-Comté, il en est une qui a particulièrement marqué les esprits en ce dimanche matin ensoleillé, peu avant que notre groupe ne se sépare, celle de l’étonnante Maison du Patrimoine de Remoray-Boujeons, au bord du lac du même nom, dans l’ancien presbytère qui jouxte l’église du village. 

    Guidés par deux membres de l’association à l’origine du musée, une belle bâtisse du début du 19ème, nous avons rendez-vous avec la vie quotidienne d’un curé de campagne de l’époque. Sa situation privilégiée au cœur du village, témoigne du pouvoir et de l’autorité qu’il exerçait sur la vie des hommes et la société rurale du moment. Les  nombreux objets collectés et leur belle mise en scène concourent à s’imprégner des lieux.

Au rez-de-chaussée, une petite salle de classe où le curé exerçait son rôle d’éducateur et enseignait le catéchisme, la cuisine attenante dont le mobilier, la vaisselle et des objets d’époque nous plongent dans l’ambiance d’une ferme du 19ème siècle. Protecteur des âmes comme des bêtes, le curé était aussi médecin, vétérinaire et dentiste à ses heures, il cultivait à cet effet les plantes médicinales dans le beau jardin qu’on peut admirer à l’extérieur.

A l’étage, la chambre de la bonne, celle du curé lui-même, puis une pièce surprenante tapissée d’un magnifique papier peint panoramique, l’un des plus célèbres dans une version complète, une pièce unique, un véritable trésor.

Daté de 1807 ou 1810 et fabriqué par l’une des plus prestigieuses manufactures du moment, à Rixheim en Alsace, sa présence dans ces lieux relève encore du mystère.

    Le papier peint retrace en plusieurs tableaux la vie de Joseph, fils de Jacob, petit-fils d’Abraham, suivant quelques chapitres de la Genèse. Mais – et c’est là un vrai sujet d’étonnement – il est truffé de symboles et de références aux rituels maçonniques. Les plus flagrants étant l’équerre et le compas sur la représentation d’un monument. D’autres, comme la grenade, l’œil de la connaissance, la lune et le soleil sont disséminés dans le panoramique. Une représentation de Baphomet, créature mi-homme, mi-bouc, vénérée, dit-on, par les Templiers et quelques loges inspirées par l’égyptologie, apparaît au-dessus d’un panneau…

    L’Histoire retient qu’à l’époque, le village de Remoray était avec plusieurs autres communes, en conflit avec le prince d’Arenberg, propriétaire du château d’Arlay et de nombreuses terres alentour. Arguant que les villageois usaient et abusaient de ses forêts, ce dernier avait engagé une bataille juridique contre des villageois encore vibrants de la fibre révolutionnaire et de droits acquis quelques années plus tôt.

    C’est là qu’intervient le bon curé Salomon, Salomon le bien nommé, officiant à Remoray, à la fois en charge des âmes, mais aussi des affaires, des intérêts et de la justice dans les communes. Déployant des trésors de diplomatie pour obtenir quelques largesses du prince, voici que le curé réussit à faire aboutir les négociations… Dans un courrier étonnant, il en remercie le prince, et s’il lui propose à la fin de la lettre « quelques boîtes du petit fromage » fabriqué à Remoray, il n’est pas impossible que le papier peint lui ait été offert en retour.

   Ce n’était pas pour autant un petit cadeau, même au regard de l’immense fortune du prince. Il avait en effet fallu sculpter entre 1.000 et 1.800 planches de bois affectées à chaque motif et chaque nuance de couleur. Plus d’un an de travail pour tout un atelier. Chaque panneau de bois était ensuite enduit d’encre pigmentée et appliqué sur les lés de papier, de façon à composer la fresque.

    Il s’en est fallu de peu que celui-ci ne termine sans doute comme beaucoup d’autres, arraché, jeté ou repeint comme un vulgaire papier défraîchi. Celui du curé de Remoray est aujourd’hui unique au monde rien que par le fait qu’il soit resté entier autant d’années sur le mur qui l’a accueilli.

    Si vos pas vous mènent un jour de ce côté-ci de la Franche-Comté, ne manquez pas cet étonnant et charmant petit musée de campagne. Une belle et rafraîchissante leçon d’histoire d’un passé régional pas si lointain.

Sources : Maison du patrimoine de Remoray ; « Doubs : le trésor maçonnique du presbytère »  Didier Fohr – l’Est Républicain 02/2015

 

 

 

 

 

 

 

Une réflexion au sujet de « La maison du patrimoine de Remoray-Boujeons »

  1. Comme j’aurais aimé voir cette Maison du patrimoine!

    Le rôle du curé à cette époque était en effet très important : ma mère née dans un petit village des Htes Alpes m’a souvent raconté le rôle irremplaçable du curé …qui lui a sauvé la vie en la soignant comme il l’a fait ! Avec les moyens de l’époque …et toutes sortes de pratiques qui pourraient sembler barbares aujourd’hui …la connaissance des plantes …Et son Savoir !
    Quand il y avait quelque chose de grave …c’est souvent à Monsieur Le Curé que l’on s’adressait!
    On ne se posait pas la question de savoir s’il fallait aller chercher un Médecin …

    Je vois que ce séjour en Franche Comté a été aussi fort instructif.

    Yvette Isaac

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