Attentat à Baden

Lichtentaler Allee, 14 juillet 1861

   L’évocation de la maison Messmer et de ses hôtes célèbres me fait penser à un autre événement qui eut lieu à Baden-Baden, dans la Lichtentaler Allee, un certain 14 juillet 1861. Un moment d’Histoire pour l’Allemagne alors en quête de son unité et prélude à de grands bouleversements…

   Après avoir assisté au congrès des princes, Guillaume Ier, roi de Prusse, est venu en vacances à Baden-Baden avec son épouse, la reine Augusta, ainsi qu’il le fait depuis de nombreuses années déjà. Ce dimanche quatorze juillet 1861, comme à son habitude, le roi fait de bon matin une promenade dans la Lichtentaler Allee. Il est seul et sans escorte.

   Tel qu’il le raconte lui-même au cours de l’après-midi, un jeune homme d’une vingtaine d’années le dépasse, ôte son chapeau, le salue plusieurs fois, “d’une manière presque joviale” souligne-il, et poursuit son chemin en ralentissant toutefois le pas, si bien que Guillaume se retrouve quelques minutes plus tard à nouveau à sa hauteur, l’autre lui renouvelant son salut. Près de la passerelle suspendue, le roi rencontre de façon fortuite le comte Flemming, son chargé d’affaires, et les deux hommes poursuivent ensemble leur promenade. « À 150 pas environ de la petite bergerie » écrit-il, retentit soudain derrière lui un coup de feu, si proche qu’il ressent immédiatement une douleur à la nuque et la déflagration résonner dans toute la tête. Se retournant instantanément, Guillaume et le comte Flemming aperçoivent, “calme et à trois pas derrière eux”, le jeune homme mentionné plus haut, lequel, à la demande des deux hommes “Qui a tiré ? Avez-vous tiré ?” répond, placide, qu’il est bien l’auteur du coup de feu. “C’est moi, j’ai tiré sur le roi.” s’exclame-t-il en désignant, jetés dans l’herbe, un parapluie et un Terzerol[1] à double canon.

   Accourus sur les lieux, l’avocat Süpfle de Gernsbach et une autre personne, l’administrateur de biens Schul d’Achern, jettent l’homme à terre en clamant “Quelle ignominie, quelle honte pour Baden ! Le peuple doit se venger !”, ce qui donne le temps au comte Flemming de ramasser le revolver et le parapluie.

   Et Guillaume de poursuivre son récit : “Entre-temps est intervenu le propriétaire d’hôtel Brandt de Berlin et ces trois personnes emmenèrent l’individu dans une voiture de place qui passait par là. Je les priai de ne point lui faire de mal et leur demandai de l’amener, sous la conduite du comte Flemming, au commissaire de la ville Kunz. Une quatrième personne, Mr Blanquet, commerçant à Paris, me dit en français que le col de mon habit avait été déchiré par une balle et mon collier rayé. Je le retirai et constatai l’exactitude de ses dires. La contusion au cou ne saignait pas mais provoquait une légère douleur de brûlure. Je pus par conséquent poursuivre ma promenade jusque vers Lichtental et revins à pied à la maison[2] avec la reine[3].”

   L’agresseur du roi était un jeune étudiant de Leipzig, Oskar Becker, 22 ans, venu par le train  deux jours plus tôt à Baden-Baden dans l’intention de tuer ce roi “qui n’avait pas pu mener à bien l’unité allemande ni su vaincre les obstacles pour la réaliser”, selon une lettre qu’il avait écrite la veille même pour justifier son geste. Cet acte valut à Becker 20 ans de maison de correction dont 10 ans d’isolement. Gracié par le représentant de Guillaume en octobre 1866 avec l’obligation de quitter le pays, il émigrera en Amérique du nord avant de revenir en Allemagne en 1868. Il décédera la même année au cours d’un voyage qu’il avait entrepris en Égypte.

Robert Popille

Source : Stadtwiki Baden-Baden – Attentat auf Wilhelm I

[1] Pistolet de poche d’un usage courant au 19ème siècle.

[2] Par “la maison”, il faut entendre la maison Messmer où séjournait habituellement le roi.

[3] Prévenue, la reine s’était aussitôt rendue sur les lieux de l’attentat.

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