Peintre de la réalité fantastique

    Quelques instants avec Jean-François Deluol

    Beaucoup d’entre-nous se souviennent de Jean-François Deluol, camarade du Lycée Charles de Gaulle à Baden-Baden. C’était dans les années 1960… que c’est lointain ! Plus d’un demi-siècle… et cependant c’est encore très frais dans nos mémoires. Nous avions eu le plaisir de le retrouver en 1999 lors de notre première réunion à Baden-Baden. Nous ne l’avons pas revu, cependant son nom circule souvent dans notre groupe : As-tu des nouvelles de JFD ? Que devient-il ? Que font les jumeaux ? Que ce soient Guy, Philippe, Jean-Paul et bien d’autres… il y a toujours une interrogation nostalgique le concernant. Aujourd’hui est venu le moment de le retrouver au travers d’une interview. Jean-François a fait une très belle carrière d’artiste, il va nous en parler.

 JPB : Lorsque nous étions ensembles au lycée, début des années 1960, je n’avais pas pris conscience de ta passion pour la peinture, cependant nous avions fréquenté les mêmes cours de dessin sous l’égide de M.Dubuc, suis-je dans l’erreur ? Pour moi tu étais le littéraire, le philosophe du groupe et j’avais plutôt perçu chez toi une attirance profonde pour la musique, je crois me souvenir que tu pratiquais le piano.

 JFD : J’ai, en effet, appris le piano dès mon retour du MAROC où j’ai passé une partie de mon enfance en alternance avec les maisons familiales de VALENCE aujourd’hui classées aux monuments historiques car ma famille a été très liée à des Musiciens comme SAINT-SAENS ou Vincent D’INDY qui fréquentaient comme bien d’autres Artistes ou Poètes ces lieux magiques crées par mon arrière-grand-père GENEST. Ma grand-mère chantait accompagnée au piano par Camille SAINT-SAENS… et d’INDY a même écrit une partition sur des textes de mon arrière grand-père. Il y a toujours eu beaucoup d’ART chez nous et d’ailleurs mon oncle André DELUOL, aujourd’hui décédé fut un Grand Sculpteur spécialiste de la taille directe. J’ai donc appris le piano très tôt puis plus tard à COBLENCE la clarinette…

 JPB : 40 ans après, en 1999, nous nous sommes retrouvés à Baden pour notre première réunion. J’ai un souvenir visuel : nous nous dirigions vers la Maison de France, j’étais sur un trottoir, tu étais sur celui d’en face avec un autre groupe de camarades. Tu parlais fort, avec enthousiasme et tu mimais… tu peignais, tu peignais, tu peignais une toile virtuelle, tu avais la gestuelle théâtrale, ta silhouette se détachait sur le soleil couchant ! Tes bras balayaient le ciel, je m’en amusais, tu étais visiblement emporté par ta passion… mais qui mimais-tu ? Je ne le sus pas. Je ne le devinai que beaucoup plus tard. T’en souviens-tu ?

 JFD : Je pense qu’alors j’évoquais PONNELLE qui a peint son fameux triptyque dans un local jouxtant la « Maison des Jeunes » où officiaient aussi mes camarades du Théâtre aux armées dirigé par Daniel LE ROY et François HELIE du conservatoire de PARIS. La troupe comprenait beaucoup de jeunes désireux de faire du Théâtre et parmi eux le décorateur Jean-Louis BOUCHER et le jeune HIGELIN alors inséparables.

 JPB : Lorsque Madeleine Klümper-Lefebvre du cercle franco-allemand de Baden me contacta en 2012 pour retrouver des camarades de Jean-Pierre Ponnelle, lui-même ancien du lycée Charles de Gaulle, j’ai fait le rapprochement… je t’ai contacté… j’avais frappé à la bonne porte… Je pense que pour toi cela a été un grand moment d’émotion en évoquant la mémoire de JPP ? Quel a été ton rôle auprès de Jean-Pierre Ponnelle lors de la réalisation de son triptyque “la descente de la croix“ ? Cette rencontre avec Jean-Pierre Ponnelle a-t-elle été déterminante ? As-tu aussi été attiré par les talents de metteur en scène d’opéra de Jean-Pierre Ponnelle ?

 JFD : Jean-Pierre a beaucoup compté pour moi car il avait compris mes centres d’intérêt et j’ai pu l’accompagner très souvent à des répétitions d’Opéra comme à STUTTGART ou à SCHWETZINGEN… nous avions un « deal » ensemble : je lui obtenais des permissions et il m’amenait avec lui… il m’a présenté à ses amis dont Pierre BOULEZ et nous passions des soirées ensemble avec Anne-Marie chez lui Haus RUBENS… nous étions très liés à son épouse Margit qui est restée une amie fidèle ainsi que son fils Pierre Dominique élève de KARAJAN aujourd’hui non seulement chef d’orchestre mais aussi compositeur . PONNELLE me disait : « vous voulez voir BOULEZ » ? Il lui téléphonait et BOULEZ venait passer la soirée avec nous.

 Lors de mon service militaire à la base aérienne de BREMGARTEN j’ai eu la surprise et le bonheur de voir « débarquer » Jean-Pierre et BOULEZ venus m’apporter cigarettes et victuailles !  BOULEZ et PONNELLE pour moi seul c’était formidable !!!

 Jean-Pierre a eu une influence directe sur ma Passion pour la Peinture et comme DE CHIRICO et DERAIN a fait partie de mes Maîtres. Le fait d’avoir moi-même réalisé une série de triptyques consacrés à  « Mythe et réalité des Extra-terrestres » est la preuve de son influence indéniable. Nous partagions d’ailleurs les mêmes idées sur la Musique et L’Art en général …

Le matin il arrivait se mettait en tenue pour peindre et branchait son électrophone. Nous écoutions MOZART, nous étions allés acheter ensemble le DON GIOVANNI de KRIPS, ou VERDI notamment OTHELLO… je le nourrissais aussi en allant acheter de la Musique contemporaine dont des enregistrements de WEBERN et de BERG dirigés par son ami Hans ROSBAUD un des pionniers du festival D’AIX en PROVENCE … nous écoutions aussi BRASSENS ou Sarah VAUGHAN …

Je n’ai en aucun cas été l’assistant de Jean-Pierre pour le triptyque : j’assistais tout court à sa création avec enthousiasme et passion… plus tard à mon retour du service militaire il m’a proposé de l’assister et je l’ai retrouvé à STRASBOURG pour le « Songe d’une nuit d’été » de BRITTEN… mais je souhaitais faire des décors et des costumes or il avait « changé de cap » et souhaitait contribuer à réaliser un spectacle total en se consacrant à la mise en scène.

J’ai vécu une période capitale pour PONNELLE où, souhaitant avoir la Maitrise totale d’un Spectacle il produisait à la fois les décors, les costumes et réalisait de surcroît la mise en scène… un moment très important dans sa vie de Créateur !

 JPB : Après tes études secondaires as-tu été au conservatoire ? As-tu suivi des cours aux beaux arts ? As-tu construit ton approche artistique et technique obéissant à ta seule inspiration ou as-tu suivi les conseils de quelques maîtres ?

 JFD : Je n’ai fait ni le conservatoire ni les beaux-arts j’ai suivi mon instinct et me suis cultivé seul, reprenant l’Histoire de l’Art souvent en solitaire car j’ai eu la chance malgré des Interdits paternels de pouvoir avoir accès aux documents nécessaires dans ma famille grâce notamment à ma Grand-mère qui me parlait de ses amis dont SAINT-SAENS, D’INDY, marguerite MORENO, le sculpteur INJALBERT ou le Poète Louis LE CARDONNEL ami de VERLAINE, de MALLARME, de HUYSMANS… ou alors de la famille du peintre Henry DE GROUX… entre autres… Mes Maitres personnels sont toujours restés Giorgio DE CHIRICO dont j’ai été l’invité à ROME en 1966, André DERAIN dont je viens de visiter enfin la Maison et l’Atelier à CHAMBOURCY… Jean-Pierre PONNELLE évidemment…

 JPB : Tu t’es fait connaître sous le pseudonyme de GENEST, pourquoi ce choix ?

 JFD : GENEST est le nom de famille de ma Grand-mère paternelle dont le père était l’Ami de tous les Artistes que j’ai cités… C’est lui qui a fait l’inventaire des dégâts occasionnés en 1900 par l’incendie de la Comédie Française… Il connaissait tout le monde et la Comédie française se déplaçait à VALENCE… Ma Grand-mère m’évoquait souvent MORENO ou MOUNET-SULLY… pour me distinguer de mon Oncle André DELUOL j’ai ajouté le nom de mon Arrière Grand Père GENEST.

 JPB : Ta peinture est inspirée d’une sorte de mythologie née sur une autre planète, cette inspiration était-elle ancrée en toi depuis ton enfance, et tu nous avais bien caché ton jeu, ou est-elle née d’une réflexion philosophique post-adolescente ?

 JFD : J’ai toujours pensé qu’il existait une Autre Dimension comme l’exprime mon ami Jacques VALLEE astrophysicien à l’origine et qui travaille à la SILICON VALLEY sur des problèmes d’Intelligence artificielle après avoir eu en mains tous les dossiers US sur les OVNIs… il est représenté sous les traits de François TRUFFAUT dans les « Rencontres du troisième type »… nous partageons les mêmes idées sur le phénomène OVNI dont il pense qu’il s’agit d’un Système de contrôle et non simplement le fait que de extra-terrestres viennent nous rendre visite dans des machines « à boulons » !!! Mais il a un grand avantage sur moi c’est qu’il est un Vrai Scientifique lui !!!! il s’intéresse à mes Peintures car son champ d’intervention et de réflexion englobe aussi les sujets culturels et il est étonné que dans la solitude de mon atelier je retranscrive sous forme « d’images » ce qu’il a recueilli avec Allen HYNEK dans les témoignages des américains, ou autres, se prétendant « contactés »… il pense donc à la traduction d’un Inconscient collectif de type jungien et à la constitution d’une Mythologie contemporaine …

 JPB : Ta peinture traduit l’irréel, la fantasmagorie, le fantastique… ton inspiration est-elle le fruit d’une longue et profonde réflexion qui te transporterait en permanence dans un monde sidéral, ou est-ce de façon épisodique comme un rêve profond… dont tu ressortirais le pinceau à la main prêt à traduire ta vision sur la toile ?

 JFD : Je traite donc d’une forme de Mythologie contemporaine et j’écris beaucoup sur le sujet parallèlement à la Peinture. Je réfléchis en permanence sur le Thème de la VIE dans L’Univers et de sa naissance sur notre Planète à travers le Phénomène dit de « Panspermie » cher à Sir FRED HOYLE : ma dernière toile de Grand Format est un hommage à ce Grand Astrophysicien Anglais et a pour nom « ALIEN Hommage à Fred HOYLE »… ALIEN est venu sur terre nous apporter la VIE… il est symbolisé par un ŒUF qui s’ouvre et va féconder notre Mère la TERRE dont le Sexe béant s’ouvre à lui… C’est une toile que j’espère exposer bientôt au Grand Palais dans le cadre d’un SALON…

 JPB : Tu avais une activité professionnelle et une vie familiale, comment réussissais-tu à vivre tes passions artistiques ?

 JFD : J’ai mené de front et dans les pires conditions mais aussi dans les plus passionnants moments, il faut bien le dire, des activités d’éducateur spécialisé spécialiste de l’enfance en difficulté et des familles en déshérence psychologiques et sociales… également en psychiatrie enfant et j’ai participé à la « renaissance » du service des adoptions de la Ville de PARIS… j’ai peint mes premières toiles consacrées à « Mythe et Réalité des Extra-terrestres » pendant mes congés au milieu des ados puisque je travaillais en internat et que j’étais logé sur place… personne ne m’a jamais aidé financièrement ou pas pour mes activités artistiques dont j’ai fait profiter les enfants et adolescents qui sont pour certains allés aux ateliers de la ville de PARIS…

JPB : Toutes les œuvres que tu as produites sont-elles exposées temporairement dans des galeries ou fais-tu de temps à autres des vernissages ? Si tu as des expositions permanentes peux-tu nous en dévoiler l’endroit ?

 JFD :  Du fait de mes activités professionnelles j’ai peu exposé. J’ai choisi, afin de conserver mon indépendance créatrice, de ne pas rentrer dans le circuit commercial de la Peinture, circuit intimement lié à la mondialisation et qui est largement coupé de la réalité de la richesse authentique de la création artistique : c’est un Choix personnel du fait de la relative mais réelle indépendance matérielle que je me suis imposée. J’ai fait une Grande exposition, grâce à mon camarade Philippe MEUNIER en 1976, Cour des Ratsamhausen à STRASBOURG, une autre Grande exposition grâce à Maguy LOVANO productrice à France-Musique et j’expose depuis 1983 avec le Salon des Indépendants dans le cadre « D’Art en Capital » au Grand Palais à PARIS. J’ai participé à des Salons tels que celui du « Dessin et de la Peinture à l’eau » et celui de la « Nationale des Beaux-Arts » en 1987, mais réalisé peu d’expositions personnelles. Je reste résolument marginal dans ma conception de la Création artistique et je ne suis pas seul dans ce cas. J’ai, très vite, joué la carte de L’Internet où je possède un site important (« 3001 odyssée ») et je suis très présent sur facebook avec mes amis musiciens surtout ! Ma peinture n’est pas systématiquement reliée à la notion de Beau, à laquelle je tiens pourtant beaucoup, elle cherche surtout à retranscrire l’expression d’un grand mythe contemporain qui a beaucoup mobilisé Carl JUNG dont, à cet égard, je reste un fervent admirateur. J’ai beaucoup d’exigences quant au dessin et à la couleur… je suis resté fidèle également à la recherche des techniques anciennes dans la lignée de Giorgio DE CHIRICO et, à une époque j’ai d’ailleurs réalisé mes propres médiums à l’ancienne faisant ainsi un véritable voyage dans le Temps loin des contraintes du Moment… Ce voyage fantastique n’a que peu de rapport avec le commerce de L’ART ni les « Exhibitions » qu’il exige il faut bien l’avouer !!! Par ailleurs je me réserve le Droit de réaliser des Œuvres réalistes comme des Nus – notamment beaucoup de croquis – ou des Paysages maritimes ou pas puisque je travaille en Normandie : ceci est incompatible avec un contrat Galerie il faut le Savoir !!!

 Je Pense exposer « Hommage à Fred HOYLE » lors d’un prochain « ART en CAPITAL » au Grand Palais à PARIS. 
 

JPB : Tu partages ta vie entre Paris et ton atelier en Normandie où tu exerces ton art, je sais que tu protèges l’intimité de ce lieu. Mais peux-tu lever le coin du voile sur ce lieu tenu secret ?

 JFD : Mon Atelier se trouve en Haute Normandie près de la Mer ! 

 JPB : Pour conclure, tout comme moi, nos camarades te méconnaissaient… voilà un entretien qui va les éclairer. Quel message souhaites-tu leur faire passer ?

 JFD : Je n’ai pas oublié mes Camarades et mes Professeurs dont Monsieur BRINGER et Madame LOMBARD notamment… le temps a passé… Le MAROC, VALENCE, l’Allemagne-COBLENCE, BADEN-BADEN… je n’ai rien oublié mais il m’est difficile de renouer souvent des liens distendus par le Temps… on ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé entre la jeunesse et l’âge adulte et souvent à vouloir trop bien faire cela échoue hélas… mais j’ai beaucoup apprécié BADEN-BADEN années 60 et mon retour à BADEN-OOS… et j’ai toujours été favorable à la constitution d’une Association d’Anciens que je soutiens symboliquement sans même en faire partie .

Je n’ai pas de Message spécial à faire passer sauf qu’il convient d’être très vigilant, d’acquérir la Culture nécessaire pour se préserver des Manipulations… La Culture au sens large nous permet de déjouer les pièges et aussi d’utiliser au mieux la Technologie actuelle… Le FUTUR n’est possible que si l’on a en mémoire le Passé, Notre Passé, Nos Racines… dans un Monde qui cherche à nous déraciner et à nous transformer en marchandise pour mieux nous dominer ! Souvenons-nous de ce bel adage sénégalais : «  si tu veux savoir où tu vas retournes toi pour savoir d’où tu viens » 

 JPB : Merci Jean-François d’avoir aimablement répondu à ces questions qui t’ont forcé à sortir de ta réserve… Bravo pour ton œuvre et ta brillante carrière ! 

 JFD : Merci à toi Jean-Pierre de bien vouloir me donner ici quelqu’importance moi dont la devise est « demeure Authentique et Passionné » ce qui n’autorise pas forcément à être reconnu par le Système en place mais par contre est un gage essentiel de LIBERTE !

 Pour approfondir vos connaissances sur JFD cliquez ICI

Jean-François Deluol / Jean-Pierre Bénaut

 

 

1 réflexion sur « Peintre de la réalité fantastique »

  1. Bonjour, je cherche à joindre Pierre-Dominique Ponnelle pour des questions de reproduction et de droits pour la BnF pouvez-vous me mettre en contact avec lui?

    merci d’avance

    Patricia SUSTRAC
    Présidente des Amis de Max Jacob

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