La ville française au bord de l’Oos

Au cours de la construction de la “cité“ naissent plus de 1.000 logements

   L’arrivée des troupes françaises dans Baden-Baden, le 12 avril 1945, et l’occupation de la ville furent, à vrai dire, à l’origine de l’actuelle “cité“. À cette date, personne ne pouvait pressentir qu’à peine dix années plus tard, surgirait, à l’ouest de la ville, à Baden-Oos, un quartier purement français dans un premier temps, qui aujourd’hui, après le départ des Français en 1999, s’est développé en un quartier innovant et dynamique de la ville.

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   C’est l’armée qui fut à l’origine de ce développement à Baden-Oos. En 1937, l’armée acheta à la ville d’Oos, pour 110.451 reichsmarks, une surface de 89 ares et construisit sur ce terrain la « Markgrafen-Kaserne ». Cette caserne devint après l’occupation de la ville en avril 1945, le quartier général des Forces Françaises et, en 1949, de son État-major, dans la nouvelle République Fédérale Allemande.

   À cette époque, Baden-Baden souffrait terriblement des suites de la deuxième guerre mondiale. Dès les premiers jours de l’occupation, fin avril 1945, les premiers bâtiments et installations officielles, les hôtels et des appartements privés furent réquisitionnés.

   Aux problèmes d’approvisionnement s’ajouta le problème de manque de logements, et cela ne fit que s’aggraver. À l’été de cette année 1945 vivaient à Baden-Baden, à côté des 29.000 habitants, à peu près 33.000 Français, (essentiellement des employés de l’administration militaire et civile). Au mois d’août 1945, le Général et Gouverneur Militaire, Pierre Koenig, pensait même à l’évacuation totale de la population allemande. Les rapports entre la récente administration de la ville mise en place et l’autorité militaire française se tendirent de plus en plus.

   Cela s’aggrava lorsque le Maire nouvellement élu, Ernst Schlapper, entra en fonction le 22 septembre 1946. Ce dernier désirait redémarrer, le plus rapidement possible, l’activité liée à la ville de cure, il avait donc besoin des hôtels réquisitionnés. De plus arrivaient les plaintes de plus en plus nombreuses des habitants qui avaient dû quitter leurs logements, du jour au lendemain.

   En 1949, 48% de l’espace habitable de la ville était encore réquisitionné, ainsi que tous les grands hôtels et quelques écoles. Les Français ne pensaient pas du tout à retourner dans “leur ville de garnison“, la ville de Baden était considérée, dans l’armée, comme la meilleure affectation à l’étranger.

   La caserne abritait environ 2.000 soldats, mais il fallait héberger le personnel administratif, beaucoup plus nombreux, sans oublier les familles des militaires et des personnels civils.

   Faisant fi de ces problèmes, le casino rouvrit ses portes en avril 1950 et Baden-Baden reprit progressivement ses activités de ville de cure. Cet évènement fut un virage. La construction de nouveaux logements pour les Français fut envisagée. Les nouvelles dispositions prises avec les Français prévoyaient alors, que pour chaque nouveau logement construit, un logement réquisitionné en ville, sur les quelques 2.000 encore occupés serait libéré. Les Français firent alors part de leurs exigences et de leurs plans.

   La ville fut obligée de céder à l’état allemand un nombre important de terrains. Les propriétaires n’eurent le choix qu’entre deux solutions : vendre leur terre à un prix dérisoire ou être expropriés. Ils durent céder, leurs champs, leurs près ou leurs jardins pour un prix au mètre carré entre 1,20 et 3,30 marks. C’est-à-dire entre 60 et 80% du cours officiel de l’époque. Pendant que l’état allemand supportait le coût et les charges inhérentes aux terrains acquis, la ville fut chargée de la mise en place et du règlement de toute l’infrastructure (rues, adduction d’eau, électricité, canalisations…)

Désormais tout s’enchaina très vite. Au lieu dit “Briegelacker“, parallèlement à la Rheinstraße, débuta en septembre 1952, la construction des premiers bâtiments d’habitation. Sur ce terrain de 6,2 hectares naquit la cité “Thiérache“, avec 25 bâtiments d’habitation à plusieurs étages. S’y ajoutèrent le mess-hôtel des sous-officiers le “Sergent Blandan“, aujourd’hui siège d’administrations, ainsi qu’une centrale d’achats, les “économats“.

   Autour de la Vogesenstraße, entre la Schwartzwald et la Hubertußtraße, avec la cité « Paris », fut construit un quartier d’habitation avec 25 bâtiments pour les officiers et les fonctionnaires, 10 villas pour les généraux et les chefs de services. 158 appartements furent mis à disposition ; Une école primaire, l’hôtel “Paris“, une pharmacie et une antenne médicale complétèrent le quartier.

   Sur la plus grande superficie, l’attenante cité “Normandie“, surgirent du sol 26 bâtiments de trois à quatre étages pour les officiers, sous-officiers et leur famille. En tout, 301 logements, le lycée “Charles de Gaulle“, deux économats, une église et un terrain de sport.

   Dans la cité “Bretagne“ furent construits de plus petits bâtiments avec 509 appartements, une école primaire et une école maternelle. L’hôtel-restaurant “La Tour d’Auvergne », une école primaire, un jardin d’enfants complétèrent le quartier.

   En octobre 1954, les Français disposaient de 1.033 appartements nouveaux, mais, en ville, 1.493 appartements étaient encore réquisitionnés. À l’été 1956, la nouvelle “ville française“ était achevée, avec ses quartiers “Thiérache, Bretagne, Normandie et Paris“. En ville, les derniers appartements et hôtels réquisitionnés furent rendus.

   Sur une superficie totale de 59,1 hectares était maintenant implanté le fondement de la future “Cité“ qui est née en 1999, après le départ des Français.

Article de karl Reinbothe dans le Badisches Tagblatt en octobre 2015 et traduit pas notre ami Jean-Claude Martin.

 

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